
Vampire: The Requiem
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django Mekhet - nouveau né


Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 20/09/2009
 | Sujet: Présentation de Django Lun 21 Sep - 8:59 | |
| Bonjour avant que de commencer je préfére avertir que je n'ai jamais joué a vampires. J'avais débute la création d'un personnage (que je recupère pour l'occasion... avec fiche de perso etc)... Mais je ne l'ai jamais joué lors d'une campagne. Aussi pour son historique (assez long :/) je ne développe que sa vie d'humain... estimant qu'il pourrait être plus interessant de jouer son étreinte et son éntrée dans le requiem directement en jeu... Si la chose ne copnvient pas, je peux cependant essayer de créer un début de vie vampirique mais mon manque de connaissance sur ce jeu pourrait amenener pas mal d'incohérences... Vala vala... Nom : Ladislav Prénom : Django âge : 40 ans. Clan : Gangrel. Description physique : Un quadragénaire massif, le corps recouvert de tatouages, généralement vétu d'un débardeur blanc, un jean usé et élimé, une robuste paire de chaussures de marche aux pieds, une veste en cuir noir qui semble avoir déjà bien vécu. L'expression de Django est calme et sombre, mais ses yeux noirs semblent briller d'une lueur rageuse et sauvage qui contrastent avec l'apparant calme du Gangrel. Il se déplace souplement et un oeil exercé n'aura pas de mal voir les traces d'une ancienne vie militaire. Si il reste généralement discret et en retrait, il ne fait aucun doute que le massif gitan ne baisse jamais sa garde et se tient prêt à toute éventualité en permanence. Fiche : (celle-ci avait été faite pour une compagne qui n'a jamais eu lieu...) présence 2 manipulation 2 Sang froid 3 (bonus gangrel) Intelligence 2 Astuce 2 Résolution3 Force 3 Dexterité 3 (1 point d'humanité) Constitution 3 Mental artisanat 2 science 1 érudition 1 Physique armement 2 armes à feu 3 (1 point d'humanité) athéltisme 2 (1 point d'humanité) bagarre 2 conduite 1 furtivité 2 (1 point d'humanité) larcin 1 survie 2 (1 point d'humanité) social empathie 3 (1 point d'humnaité) intimidation 2 (1 point d'humanité) sagesse de la rue 3 (1 point d'humanité) subterfuge 2 (1 point d'humanité) animaux 1 Humanité 2 atouts langue 1 (2 points en yougoslave) géant 4 constitution de fer 1 Mentor 1 vertu et vice: Colère Chârité. (le bg étant tres tres long je le mets à part... désolé)... |
|  | | django Mekhet - nouveau né


Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 20/09/2009
 | Sujet: Re: Présentation de Django Lun 21 Sep - 9:01 | |
| BG : Je me réveille en sursaut, toujours avec cette même sensation de suffoquer et cette odeur de brûler. Ma main passe automatiquement sur la petite cicatrice en forme de fleur prêt de mon abdomen. Je regarde sur la table basse, le réveil indique midi, le lit est vide, Justine est déjà parti... Ma gorge est sèche, même si je ne me souviens pas du cauchemar que je viens de faire, je sais de quoi il retourne, la douleur prêt de l'abdomen me le rappel. Je veux me lever mais mon corps reste obstinément enfoncer dans le matelas, je m'allume une cigarette et j'attends patiemment que mon corps accepte qu'il est encore vivant. J'envoie des petites volutes fumées vers le plafond essayant de vider mon esprit de ses fantomes. Je prends ensuite une douche, je reste longtemps sous l'eau brûlante, c'est un luxe que je n'ai pas toujours eu. Je vais ensuite me brosser les dents, puis je m'observe un moment dans le miroir, j'y vois un type aux yeux sombres et méfiants, même de son reflet, au corps massif et un peu lourd recouvert de tatouages de diverses qualités et de cicatrices... Bref un corps brisé et usé, mais une machine qui semble encore parfaitement fonctionner. J'avale rapidement un café et je m'habille, je jette un coup d'oeil rapide au journal posé sur la table de la salle à manger, des règlements de compte entre gang, encore... J'ai déjà donné ma part dans tout ça, je ne suis pas du tout curieux de savoir ce qui ce passe aujourd'hui, sans doute rien de différent d'hier. Je flâne une grande partie de la journée dans les rues de Paris, je bois énormément de café, je n'ai jamais su occuper mon temps honnêtement dans une ville, aujourd'hui que je veux plus être malhonnête, je ne sais tout simplement pas quoi faire de mon temps libre, le bruit et le tumulte de la rue me rendent nerveux, et je déteste tout cet affairement urbain, à la ville la tranquillité même est nerveuse! Vers seize heure je me rends au club, à Pigalle, tout le monde est déjà là, les serveurs et les barmans font la mise en place, les chanteurs et la danseuses répètent leur show. Je sers des mains et je souris, je suis amusé d'entendre des «monsieur Ladislav» dans tous les sens et encore plus amusé de voir tout ce monde essayer de faire comme si il ne voyait pas que cette mascarade est grotesque, et de cacher sa nervosité en me voyant... Putain j'ai la tête d'un tueur Serbe des pires années de l'ex Yougoslavie, je me croiserais dans une rue que je baisserais la tête et je demanderais pas mon reste. Mais ici au Club, je suis la main qui donne sa pitance à tout le monde, ici je suis ni un sale Rom, ni un bâtard, ici je suis «Monsieur Ladislav». Quand j'y repense ce n'est que justice, selon ma grand-mère, Ladislav serait le derniers des Rois Kaldéras, le Roi des gitans! Il était Roi non pas seulement pour les gitans, mais il était aussi roi devant les rois d'Europe! Même Sigismond, Empereur Romain et Roi de Hongrie lui réservait un accueil fraternel, ma grand-mère m'a légué le sauf conduit qui lui était réservé à l'époque :«Nous, Sigismond, roi hongrois, tchèque, dalatien, croate..., notre Ladislav, seigneur fidèle, chef de son peuple tsigane, nous a demandé humblement de solliciter notre indulgence exceptionnelle. Nous vous prions donc de bien vouloir tenir compte de cette supplique et de ne pas refuser cette lettre. Or, si Ladislav mentionné plus-haut et ses gens apparaissent à un quelconque endroit de notre empire, en ville ou à la campagne, vous êtes prié de lui faire preuve de la même fidélité que vous avez à notre égard. Protégez-les pour que Ladislav et son peuple puissent séjourner sans préjudice entre vos murs. S'il y a parmi eux un ivrogne ou un bagarreur, nous voulons et ordonnons que Ladislav soit le seul à avoir le droit de juger, de punir, de pardonner, et de l'exclure de votre cercle...» Selon la vieille ce papier date de 1413... Mes aïeux! Ça claque tout de suite, alors où ça a bien pu merder? Comment les choses ont pu en arriver là? Comment le dernier descendant du Roi des Tsiganes, peut-il être un bâtard, que même les autres Roms ont rejeté? J'aime à penser que c'est l'adage des Rois que de chuter et puis c'est toujours mieux que ce dire que même parmi les rébus on est pire encore. Je m'appelle Django Ladislav au fait, j'ai 35 ans, je suis le fils d'une danseuse tsigane et d'un soldat slovène, je n'ai connu ni mon père ni ma mère. Mon père à tourné les talons dés qu'il a su que j'étais en chemin, peut être même avant, et je n'en ai jamais entendu parler par la suite. Ma mère elle est morte en couche. Selon ma Grand-Mère, c'est moi qui suis mort-né, pour les tsiganes un enfant mort-né est un enfant à qui on a pas donné d'âme. Ma mère aurait demandé à ma grand-mère de passer un pacte avec Dieu, elle donnait son âme en échange de la mienne, Dieu à dû accepter... Ma grand-mère était une vieille sorcière plein de superstitions, je n'y ai jamais cru. Mais quoi qu'il en soit je suis effectivement né mort et le suis resté plus de deux minutes selon la médecine moderne. Je suis donc bien un miraculé! Le tout c'est que je vois pas pourquoi Dieu se serait penché sur mon cas pour ensuite me faire plonger dans la merde dans laquelle j'ai dégringolé tout le reste de ma vie! Enfin j'étais né et ressuscité en même temps, Jésus n'a pas mieux fait, j'étais tsigane chez les payos et payo chez les tsigane. La seule qui m'est juste aimé pour être né, malgré que je n'avais rien demandé, celle qui avait sacrifiait sa propre fille pour moi, selon ses dire, Sanja, ma grand-mère décida de dire merde à tout le monde et m'appela Django, le plus grand Kaldéras après Ladislav selon elle. Pardon mémé, mais j'ai bien peur de ne pas avoir été à la hauteur de ce lègue. Enfin bon, j'étais né, ma grand-mère toute descendante de Roi qu'elle se disait être était une rabouteuse sans un rond en poche, elle vivait avec son fils : Grka. Grka était un ancien militaire, c'est lui qui avait présenté ma mère à mon père, pas mal de gens prétendent qu'il avait perdu aux cartes avec mon père et qu'il aurait misé une nuit avec sa soeur... ça ne m'étonnerais pas plus que ça. Grka n'était pas un mauvais bougre, mais il était complètement taré et avait le vice en lui, le jeu surtout... Ma grand-mère a essayé comme elle a pu de me protéger de lui, mais c'était peine perdu, j'ai mangé plus d'une branlée avec lui, ça me renforçait qu'il disait... Avec ma grand-mère et mon oncle je n'ai vécu que quatre ans, je ne me souviens de quasiment rien, d'eux, plus de sensation en fait... des chansons que me chantait Sanja, mais c'est tout. La vielle est morte alors que je n'avais que quatre ans... Je me souviens que d'une chose de cette époque, j'étais allongé sous le lit de Sanja, j'entendais sa respiration sifflante, la respiration des agonisants. Elle a appelé son fils à son chevet, Grka est arrivé au pas de course, elle lui a fait jurer de me veiller comme il veillerait son fils. Il a juré, elle l'a giflé et lui a refait promettre encore, il a promis encore, elle lui donné une torgnole encore, les yeux de Sanja n'étaient pas ceux d'une mourante, c'était ceux de Dieu qui voit tout, le mensonge entre-autre. Sanja s'est étranglée de rage, elle agonisait et râlait, puis se relevait et mettait des baffes à Grka et lui faisait promettre encore, et lui promettait en larmes, les joues boursouflées et violettes, et elle giflait et il promettait... Dans mon souvenir la scène à du durer vingt bonne minute, à la fin Sanja s'est soulevé une dernière fois, les yeux plein de rage, même Grka à du croire qu'elle allait se lever et lui filer une rouste des plus mémorables, mais non, elle est aussitôt retombé sur son oreiller et à pousser un dernier soupir. |
|  | | django Mekhet - nouveau né


Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 20/09/2009
 | Sujet: Re: Présentation de Django Lun 21 Sep - 9:02 | |
| Grka à pleuré de plus belle, il s'est penché pour écouter le coeur de sa mère, mais il ne devait plus battre. Pourtant quand il était comme ça la tête posée sur la poitrine de sa mère, je sentais qu'il était déjà prêt à bondir comme si sa mère allait encore lui en coller une depuis le royaume des morts, j'aurais aimé qu'elle le fasse... Grka est venu me chercher sous le lit, il m'a pris sur ses genoux, m'a serré dans ses bras, m'a embrassé la tête, m'a rassuré. «Tu verras Django, mon fils, tout ira bien, je t'emmènerais à Berlin et on fera fortune là-bas, les gens y sont tolérants, et il y a de l'or partout, même leurs couverts sont en or là-bas». J'ai serré Grka dans mes bras et j'ai ri, il a ri; nous y irions à Berlin faire fortune! Deux semaine plus tard il me vendait à Hakmed pour éponger une dette de jeux et je ne l'ai plus jamais revu de ma vie! Hakmed, Hakmed, Hakmed... si la merde à un synonyme, c'est Hakmed! Hakmed, le roi des gitans, le voleur le plus maladroit du monde, l'arnaqueur le plus pathétique qui soit, le plus mauvais menteur du siècle. Bref réfléchissez un concept, et pensez le à l'envers puis vous avez Hakmed. Hakmed le Rom et sa cour des miracles, dont je faisais parti, je n'ai pas été à Berlin avec Grka, mais je suis parti à Marseille avec Hakmed qui ne m'avait rien promis. Hakmed était le chef d'une caravane tsigane, avec une dizaine de gens avec lui, tous voleurs, mendiants, menteurs et misérables... et j'étais parmi eux, le bâtard à moitie payo, celui qui avait volé l'âme de sa mère pour vivre... j'étais le pire du pire, j'étais haït parce que j'étais né! Hakmed voulait que j'aille mendier dans les rues pour lui, mais comme je n'étais pas un vrai Rom il n'a pas voulu perdre du temps à m'expliquer comment faire semblant d'être boiteux. Tous les jours il venait avec un marteau et m'en foutait un coup sur le poignet, un autre sur chaque genou, puis il me lâchait dans paris, où je me traînais à moitié en l'arme à cause de la douleur, ma main valide tendu en supplication que tout le monde évitait soigneusement. Le soir je rentrais presque sans rien, alors le lendemain Hakmed tapait plus fort avec le marteau... Dans le camp, comme dans la rue tous les autres m'évitaient, je n'avais que deux amis, les deux avec qui je partageais mon lit : Perhan et Azra. Perhan était un un petit caïd, par petit j'entends «petit», il avait de l'ambition, il était rusé comme un renard, mais c'était un avorton. Il a bien entendu essayé deux, trois fois de m'en imposer au début... mais le soir après les coups de marteau et la journée a me faire cracher dessus par les ballots, je n'étais pas d'humeur a me laisser harceler par un petit tzigane à la culotte merdeuse. Après trois quatre nuits qu'il a passé à dormir par terre la bouche en sang et le nez défoncé, il à vite changé d'attitude... Il était rusé, je vous l'avez bien dis. Azra, Azra c'était autre chose, Azra c'était le baume, je pouvais manger toutes les pires branlées du monde, je les endurer toutes avec un sourire béat d'ados crétin, juste parce que après la branlée, je savais que j'allais m'allonger à coté d'elle, et qu'elle me caresserait les cheveux en me regardant m'endormir. Azra la petite bohémienne, ce qu'il y a de plus beau chez les tsiganes et de lus rare aussi, j'étais pas le seul à le penser, Perhan était tout a fait d'accord avec moi... On passait nos journées à attendre le soir pour nous coucher prêt d'Azra, on avait pas rien, on avait Azra et s'était déjà beaucoup. Notre petit monde tournait comme ça, vous l'aurez compris mon éducation c'est faite à grands coups de marteau dans la gueule, pas étonnant que j'ai la gueule que j'ai. Mais notre petit monde tourné quand même, à sa façon :originale, mais il tournait. Mais le temps passe, les poils poussent et la laideur s'accentue, l'innocence n'y survit pas... à force de dormir à coté d'Azra toutes les nuits on finit par sentir que son corps n'est pas le même que le sien on sent les rondeurs, on sent les odeurs, on sent le désir. Azra le sentait aussi, elle sentait que je la voulais, Perhan aussi le sentait... On en a finit par se regarder comme trois cabots en fin de vie cherchant un coin tranquille pour crever. Mais au fond tout était déjà joué d'avance, Azra méritait bien mieux qu'un bâtard comme moi. Je savais ce qui lui arriverait si elle m'acceptait, Perhan était peut être un nabot, mais il avait du bagout, du charme, de l'avenir même, et il était pure, les autres hommes de la caravane respecteraient ça. J'ai fait ce qu'impliquait mon amour, je me suis retiré du jeu. Perhan la tout de suite vu, j'ai senti qu'il en avait conscience et je savais qu'il savait ce qui me me poussait à me retirer du jeu, bien sur un nabot à vite fait de mettre ça sur le dos de sa propre virilité... il était rusé, mais c'était un nabot, je vous l'avez bien dis aussi. Perhan et Azra étaient comme moi, des gamins achetés par Hakmed, en résumé on était sa propriété, mais Perhan aspirait à sa liberté, Perhan, sans doute parce que c'était un nabot, voulait montrer au monde ce qu'il valait et Perhan savait qu'il valait beaucoup. Un soir il n'est pas rentré au camp, on à tous pensé qu'il s'était fait ramassé par les flics. Bien que Perhan avait un don pour leur échapper... Mais le lendemain il s'est ramené, impérial, il à foncer droit à la roulotte d'Hakmed. Il a posé une liasse de billets, peut être trois cent ou cinq cent balles et un tas de bijoux, pas mal de ferraille et quelques brillants. En tout il y en avait peut être pour mille balles, pas énorme mais toujours mieux que ce qu'on ramenait en tant que mendiant... plus dangereux aussi bien sur. Enfin Perhan, impérial lâche le tout sur la table d'Hakmed qui est en train de bouffer ses tartines la gueule enfarinée et Perhan de lui balancer tranquille «J'vais t'rach'ter la liberté d'Azra et la mienne!». J'en revenais pas qu'il ait eu les couilles de faire ça, et vu la gueule que tirait Hakmed, lui non plus. Hakmed était con mais avait du flaire, il a tout de suite vu que Perhan était capable de réaliser ce qu'il voulait. Hakmed à ranger la verroterie dans un tiroir et lui lâché le prix : dix mille par tête. Et là Perhan m'a encore plus scotché, il a exigé que je sois autorisé à l'accompagner, Hakmed n'y a pas vu d'inconvénient, il devait en avoir marre de taper avec le marteau pour trois kopecks par jour. Et c'est comme ça que je me suis retrouvé à courir sur les toits de Marseille à détrousser les braves payos. Perhan savait y faire, bien plus que moi, mais surtout il savait voir à long terme, il garder les plus belles parts du butin pour lui, pour après une fois qu'il serait libre avec Azra. Il m'avait aussi promit de me racheter une fois qu'il aurait fait fortune... enfin, quand il a parlé de me «racheter», je me suis senti obligé de lui rappeler que si il était rusé, il en restait pas moins un nabot, je lui en est collé une. Enfin, Perhan savait y faire, on a amassé assez vite la somme demandée par Hakmed, mais Perhan a voulu encore continué pour en mettre le plus possible de coté. Puis un jour que je rentrais au camp, je vois Hakmed avec trois types, de grands blonds aux gueules de tueurs, rien qu'à les voir, on comprenait que c'était du mafieux russes. Cette ordure d'Hakmed négociait avec eux le rachat de gamines du camp, dont Azra, pas besoin d'être une lumière pour savoir ce que leur réservaient les russes! J'ai couru jusqu'au camp et j'en ai tout de suite averti Perhan. Ça a fait ni une ni deux, Perhan m'a dit qu'on s'enfuirait le lendemain avec Azra, qu'il lui faudrait la nuit pour faire les préparatifs, qu'en attendant je devais continuer de surveiller Hakmed. J'ai fait ce qu'on m'a dit j'ai surveillé Hakmed... et le lendemain plus de trace ni de Perhan, ni d'Azra, ni même du magot qu'on avait accumulé. Le lendemain plus rien, Hakmed est venu me chercher, le marteau à la main, je saurais pas dire combien de coups il m'en a mis, mai j'ai mangé cher, très cher! Ils m'ont balancés au fleuve quand ils en ont eu finis avec moi... Comment je me suis pas noyé? J'en sais rien, faut croire que même si le monde pour moi est qu'un gros tas de merde, j'ai décidé d'accumuler plus de merde encore pour arriver jusqu'au ciel et demander des comptes à Dieu lui même. Enfin, bon, on m'a retrouvé sur une berge le crâne à moitié ouvert et avec les poumons tellement remplies de flottes qu'on a pas trop su comment je pouvais encore m'oxygéner, hôpital, rééducation, puis direct à l'assistance publique, le temps de me faire apprendre le français puis me voilà foutu dans une famille d'accueil à Souillac en Gironde. Dans le club tout est prêt, la musique commence déjà à se diffuser, j'observe tout ce petit monde s'affairer depuis mon bureau, un cigare aux lèvres et un verre de scotche à la main, je m'aperçois furtivement dans le miroir, décidément je ressemble à rien dans un costume cravate, aussi classe soit-il. Justine vient toquer à ma porte, elle m'annonce que Jacques mon avocat est là, je lui sourit et lui fait signe de me rejoindre. Elle ferme la porte et vient se coller contre moi, je sent les effluves de son cou, je sent cette odeur particulière, celle du désir. Quand je l'allonge sur le bureau elle proteste doucement «Et Jacques?», je lui répond, ce que je lui répond à chaque fois «Qu'il aille se faire foutre ailleurs!» elle rit et cède. Jacques est un gros trentenaire hideux, grotesque, toujours emmitouflé dans du prêt à porté qu'il porte comme un sac... Je sais que si il vient me voir en personne, c'est parce qu'il aime à ce que je lui offre une bouteille de champagne et qu'il peut reluquer tout son saoul tous les culs du Club, même si il sait qu'il n'aura jamais aucun de ces culs. Jacques est un porc qui rêve, mais c'est un porc d'avocat aussi, et comme avocat et conseiller il est ce qu'il y a de mieux, sans lui le Club aurait fermé depuis longtemps, avec lui il reste ouvert et me fait gagner de l'argent. Pour résumer, il peut boire tout le champagne qu'il veut, se coquer à mort dans les chiottes du club, reluquer tous les culs du monde et se faire sucer par une pute sous la table, je m'en tape comme l'an six, mais j'aime aussi le laisser poireauter un moment au comptoir, pour lui rappeler qu'il n'a rien si je n'en donne pas l'autorisation, même pas le doit de mater des culs, sans quoi il se ferait balancer dehors par les videurs, ça lui est déjà arrivé deux fois... mais comme n'importe quel porc il a la mémoire courte. Comme à chaque fois que nous venons de faire l'amour, Justine vient nicher son visage dans mon cou et se met à jouer doucement avec mes cheveux. Je ne tente même pas de croiser son regard, je sais d'avance ce que ses yeux disent : « Quand vas-tu enfin me dire qui tu es? ». Et que dois je lui répondre? Le couple qui m'a récupéré à Souillac avait le même regard envers moi, eux aussi ils se demandaient qui j'étais... à eux non plus j'ai pas su quoi répondre. Lucien et Jeanne, deux octogénaires, paumés dans le plus profond du cul de la Dordogne, lui était un ancien ouvrier agricole, elle une ancienne femme au foyer qui regardait son foyer faire comme sa gueule : s'écrouler. Mais tous les deux ont su me donner plus que n'importe qui ici bas, de l'amour, de la confiance et surtout un foyer, chez eux j'étais chez moi et ça c'était une première... et une dernière aussi. Ils ont été patient faut dire, quand ils m'ont récupéré j'étais plus un chien enragé qu'autre chose. La première nuit que j'ai passé chez eux, j'ai le soir même essayé de me tailler par la fenêtre, le vieux à essayer de m'en empêcher, je l'ai mordu au sang. C'est avec l'aide du voisinage qu'ils ont finis par me maîtriser. Lucien m'a foutu deux torgnoles et m'a traîné dans la salle de bain, il a fait couler un bain, puis sans un mot est parti. Je suis rester comme ça un moment, seul devant la baignoire, puis Jeanne est rentrée. Elle a fait couler un peu d'eau chaude, puis à posé un plateau avec un chocolat chaud et quelques tartines, elle est ressortie à son tour. La je me suis écroulé j'ai chialé tout mon saoul, je me suis dessapé et j'ai sauté dans la flotte ou j'ai continué à chialer. Après ça j'ai jamais plus eu de problème avec Jeanne et Lucien, ils me donnaient un toit, de l'attention tout ce que je pouvais espérer, me pausaient jamais de question. Lucien me prenait souvent avec lui dans son atelier, il me montrer comment il bricolait. Ça m'intéressait pas plus que ça mais pour lui faire plaisir je l'écoutais, il me montrait ses médailles de la guerre aussi. Il avait été résistant, son frère et son cousin et même sa première fiancée avait été abattu pour ça. Puis il m'a rafistolé un vieux vélo, et là mon petit bonheur a pris sa première claque. J'étais scolarisé à Souillac, je vous explique pas la gueule du directeur, des professeurs et des autres élèves quand un yougo de treize ans à moitié gitan s'est pointé dans la cour. A la seconde même j'ai compris où j'étais tombé : en enfer! Des le premier jour ça a pas manqué, les autres gosses m'en ont fait baver, mes professeurs faisaient comme si j'existais pas et le directeur avait foutu un surveillant en permanence sur mes talons (qui détournait la tête quand une bande de gosses du coin venaient me foutre une raclée). Mais j'ai pas moufter, pas un mot, pas même serré les poings, ces merdeux pouvaient cogner comme des sourds, ils avaient du boulot après Hakmed et son marteau et surtout je voulais pas attirer d'ennuis à Lucien et Jeanne. Une année c'est passée comme ça, j'appelais Lucien : Pépère et Jeanne : Mémère, tout allé pour le mieux, la journée je restais autiste à toutes les provocations des péquenots de Souillac et j'attendais patiemment la fin de la journée pour rentrer me réfugier dans les jupons de Mémère et l'atelier de Pépère. Ça devenait une sorte de rituelle, humiliation/réconfort, Humiliation/réconfort... mais ça m'allait très bien. Après tout c'est ça la vie des claques, des claques et un peu de baume, si on au moins la chance d'avoir un baume efficace, qui j'étais pour m'en plaindre? Tout c'est gâté avec l'arrivée de Rachid, Rachid était comme moi un gamin que le Seigneur avait laissé naître pour d'obscures raisons et qu'il maintenait en vie pour de plus obscures encore. De ce que j'ai compris, Rachid avait perdu ses parents après que la police ait chargé un groupe de manifestant maghrébins, deux cents personnes ont été tué par la police ce jour-là... des indésirables en moins, personne n'en a parlé. Rachid, avait tout de même moins de chance que moi, il avait pas les reins pour endurer ce qu'il allait endurer et ça je les compris dés la première seconde que je les vu. Bien sûr je savais que Pépère et Mémère allaient être bons et attentionnés avec lui, les origines eux ils s'en foutaient et la misère ils savaient l'apaiser dans tous les coeurs. Mais les autres, les péquenots de payos de Souillac, si ils pouvaient déjà pas blairer un yougo, je vous laisse imaginer quel accueil ils allaient réserver à un Algérien. Et là, même pour tout l'amour que j'avais pour Pépère et Mémère, j'ai pas pu. Rachid non plus ne mouftait pas quand les autres venaient s'acharnaient sur lui, mais lui c'était parce qu'il ne comprenait pas, ça se lisait dans son regard. Rachid était de la trempe de type à ne pas croire que l'autre peut être son ennemi, que l'autre ne peut pas lui vouloir du mal, pour la simple et bonne raison que lui n'en souhaitait à personne. Lorsque je discutais avec lui au sujet de ses parents, je lui demander souvent comment il vivait qu'on lui enseigne l'histoire de la France, ses valeurs républicaines et tout le toutime, il me regardait avec ses grands yeux noisettes et hausser les épaules. J'aurais aimé le secouer, lui mettre une baffe, merde il était là à ingurgiter sans broncher l'histoire même de la nation qui avait ravagé son pays, détruit sa culture, et meurtrière de ses parents et lui restait là à sourire avec ses grands yeux noisettes, il allait de l'avant à sa façon. Finalement Rachid m'en imposait, moi j'étais né tel que j'étais, sans rien. Qu'est ce que je pouvais revendiqué? A qui la faute si j'étais né bâtard chez les gitans? A qui la faute si je n'avais pas de nation à défendre? Pas d'Histoire à revendiquer? Personne! c'était comme ça, Rachid lui c'était mon opposé, lui avait tout ça et on le lui avait volé et malgré tout il continuait à vivre en souriant, tranquillement, en profitant de la vie simplement, sans rien reprocher à personne. Au début j'ai essayé de lui montrer comment éviter les emmerdes à Rachid, mais lui ne voulait pas faire profil bas, lui était intègre, il n'avait rien à se reprocher, ni à reprocher à personne et dans le fond il avait raison, pourquoi devait-il vivre la tête baissée? Alors j'ai fait le seul truc que je savais faire pour aider Rachid, j'ai cogné, dure et brutal... j'ai cogné comme une bête, dés que j'en voyais un s'approcher de Rachid, il avait pas le temps d'aller à trois mètres de lui que déjà j'étais dessus à lui tambouriner la gueule comme un malade. Ça n'a pas plus, les parents des autres gosses ont tout de suite hurler, ils étaient là comme une meute de chiens à mes trousses, je me ramassais des baffes dans les tous les sens, les surveillants, les parents, le directeur, tout le monde s'est mis les mains en sang à force de m'en coller plein la poire. Mais dés qu'un péquenot s'approcher de Rachid, je recommençait! A la fin le directeur il m'a convoqué dans son bureau avec Mémère et Pépère, il était remonté comme un diable, il beuglait que j'étais de la mauvaise graine, que je finirais en prison ou au bagne... à la légion au mieux, Pépère et Mémère restaient la tout penaud c'étaient des gens simples sans histoires, ils m'aimaient mais la fonction et les diplômes du directeur ça leur en imposaient trop, ils osaient pas en placer une. Moi je restais tête baissée, les poings serrés à m'en mettre les paumes en sang, je lui aurais volontiers dévissé la tête et fais bouffer ses diplômes au directeur, mais pour Mémère et pour Pépère j'ai pas bougé, j'ai attendu gentiment. A la fin le directeur à lâché que de toute façon à la fin du mois j'avais seize ans, dés lors mon sort était scellé, je serais viré de l'école. J'ai alors compris une chose, même si je m'étais tenu peinard, j'aurais été viré dés mes seize ans et je savais qu'une fois fait personne ne voudrait m'embaucher nul part à Souillac et dans toute la région, personne ne voudrait de moi, j'allais juste être un poids pour Pépère et Mémère. Il fallait se rendre à l'évidence, j'avais pas ma place ici. Tout s'est joué très vite dans ma tête, j'ai sauté sur le bureau, envoyé deux coups de poings dans la gueule de l'autre diplômé et je me suis taillé par la fenêtre. Pépère et Mémère sont restés tous les deux hallucinés, ils n'ont même pas pensé à essayé de me rattraper. J'ai foncé jusqu'à la gare et j'ai sauté dans le premier train que j'ai vu. Je suis allé jusqu'au terminus, soit Castelnaudary. Je suis descendu, je m'attendais à tout moment à ce qu'un flic, un gendarme ou n'importe quel fonctionnaire de l'ordre Républicain m'alpaguent, mais personne faisait attention à moi, je suis sorti de la gare, Castelnaudary, c'était comme Souillac en un tout petit peu plus grand... J'étais crevé je suis allé me foutre sur un banc et j'ai roupillé, quand je me suis réveillé il faisait nuit, j'étais gelé jusqu'aux os et mort de faim. Je suis resté sur mon banc à me demander ce que je pourrais bien faire, le lendemain j'ai tenté la vieille technique que m'avait enseigné Hakmed, mais je ne pouvais jamais resté longtemps au même endroit, les flics finissaient à chaque fois pare rappliquer. Je suis resté trois jours comme ça, dans le froid et mort de faim, je me demandais comment j'allais bien pouvoir faire et je dois dire que j'avais pas beaucoup d'idée qui me venait à la tête. Un matin je faisais les poubelles de la place du marché et c'est là que j'ai entendu derrière moi le clairon, la première fois que j'ai entendu cet instrument j'ai senti tout mon corps se tendre au possible, mes mâchoires étaient si serrées que j'en grinçais des dents, chaque note venait percuter mes tympans comme pour les crever... J'avais qu'une envie faire bouffer son instrument au responsable de ce massacre, mais ça allait pas être la première, ni la dernière que j'entendrais ce putain de clairon, et j'aurais à chaque fois la même sensation. J'étais juste à coté du centre de recrutement de la légion étrangère, je suis resté là comme un con à regarder l'écusson au dessus de la porte en bois massive, le directeur en avait parlé « au mieux la légion étrangère ». Et à ce moment, seul, en plein hiver, affamé, sans un rond, sans personne pour m'aider j'étais enclin à penser qu'il s'était pas gouré. Je me suis approché de la porte, deux militaires se tenaient devant moi, ils ont même pas bougé d'un millimètre quand je me suis approché. Je leur ai demandé le bureau de recrutement, ils m'ont tous d'eux toisés du regard un petit moment, puis l'un d'eux m'a désigné un bureau sur la gauche du bâtiment. Je me suis approché un vieux était devant une pile de dossier, il m'a même pas regardé, il a lâché sèchement : « t'as quel âge gamin? T'as des ennuis avec la justice? ». J'ai répondu seize ans, accentuant un peu mon accent yougo. « T'es pas français » qu'il a conclu stoïque, « t'es pas trop con! » me suis je bien gardé de répondre. « T'as tes papiers? ». « non ». « Tu sais ce que c'est la légion étrangère garçon? » « l'armée? » Le vieux m'a regardé avec un sourire carnassier. « Non garçon, l'armée, tous les pays en ont une, mais la France c'est la seule à avoir la légion, tu sais pourquoi? ». J'ai secoué la tête. « Parce que toutes les armées du monde ont connus la défaite au moins une fois, l'armée française aussi. Mais la légion, garçon, la légion elle, elle a jamais perdu une bataille! » J'ai vraiment pas su quoi répondre, le vieux a soupiré, il s'est levé m'a toisé : « Vire ta chemise garçon », j'ai obtempère, il m'a foutu un grand coup de poing dans le ventre, ça m'a coupé le souffle, mais j'avais déjà eu mon content de bastos, j'ai reculé de deux pas mais déjà je lui envoyé une mandale. Il m'a maîtrisé en deux secondes, m'a repoussé contre le mur et m'a fait signe de m'asseoir. « D'accord garçon, t'as l'air d'avoir ce qu'il faut, tu vas me remplir ce formulaire, si tu sais pas écrire je vais le remplir pour toi, puis tu vas aller a la visite médicale ». Je suis resté à le regardé avec de gros yeux j'y comprenais vraiment plus grand chose, mais mon ventre lui oublié pas une chose : il était vide depuis quatre jours. Il s'est mis à grogné pire qu'un dog à qui on voudrait prendre son os, le vieux a explosé de rire. Deux heures après, une fois la visite médicale et le coiffeur achevés, je mangeais mon premier repas de militaire... Mémère allait me manquer! J'ai commencé la formation, tous les matins réveillé à cinq heure, par se foutu clairon, puis les exercices du matin jusqu'à dix heures, ensuite le déjeuner, on renchaîner ensuite sur les exercices de tire, puis les parcours... Pourtant durant trois jours j'avais l'impression d'être complètement isolé des autres, personne ne m'adresser la parole, ni ne m'approcher, les instructeurs ne me disaient jamais rien que je fasse bien ou mal l'exercice. J'étais pourtant pas le seul étranger, une bonne moitié d'entre nous l'était, certains même parlaient même pas français! Au bout de trois jours j'ai été convoqué dans le bureau du colonel, j'étais accompagné par deux colosses de la police-militaire, le colonel m'a regardé un petit moment en silence puis il a sorti un dossier d'un tiroir. « Django Ladislav... », la il m'a lu toute ma vie, il n'y avait rien pas un événement dont il ne soit pas au courant. Je suis resté en face de lui, la tête baissée. « Le directeur de l'école ou tu étais à porté plainte gamin, mais comme tu t'es engagé, la poursuite a été annulé. Les choses sont simples soldats, ici on se fout de ce que tu as fait dehors. Ici on te demande d'être un légionnaire, soit un soldat, soit irréprochable et quand tu sortiras tu auras un nouveau nom, une nouvelle identité et plus de dossier. Si tu te rate, je veillerais à ce que tu passe le reste de ta vie au trou. Tout cela cela est il clair? » « Oui, mon Colonel! » « Quel nom veux tu avoir Soldat? » « Mon nom est Django Ladislav, Colonel! » « tu veux pas un nom plus français? » « Non, mon colonel! ». Le colonel a haussé les épaules et voilà j'étais officiellement le premier classe Django Ladislav. Le soir même, tous les autres soldats de la caserne ont changé d'attitude à mon égard, le plus vieux d'entre eux s'est pointé devant moi au dortoir, il a sorti une bouteille de vieille gnôle. Le genre de tord-boyaux que l'on peut boire pendant vingt-cinq ans, on trouvera toujours le même effet que si c'était la première fois. Trois autres types sont venus par derrière et m'ont maîtrisé, un troisième m'a calé un entonnoir dans la gueule et l'autre en a vider un bon quart d'un coup. Ce qui c'est passé après, j'en sais foutrement rien! Mais le lendemain fut la fois ou ce putain de clairon m'a vraiment salement rendu en rogne. Je me suis levé, je me suis habillé et je suis parti pour les exercices du matin, j'ai pas de suite grillé ce qu'ils m'avaient fait, c'est que le midi au douche que j'ai vu. Sur ma poitrine ils avaient tatoué un coeur brisé avec le nom de ma mère en dessous et sur le bras droit une faucheuse avec « REI » juste en dessous, soit Régiment Étranger d'Infanterie, j'en ai conclu que j'étais des leur à présent. Le camp d'entraînement ça a duré un an, je suis passé dans tous les camps d'entraînement de France, j'ai fait tous les parcours, tous sans exception. Je me donnais du mal, faut dire qu'après le discours d'accueil du Colonel j'avais pas envi de me rater. Au bout d'un an, on a eu nos affectations : j'étais affecté dans le 3ème Régiment, un des plus vieux et des plus prestigieux. J'étais sous les ordres du Colonel Racine. Racine, sans doute le seul type devant qui j'ai tout de suite compris une chose : toujours fermer sa gueule! Racine était un type devant qui on mouftait pas, pas par peur, pas par discipline, non, juste par respect. Ce type sortait tout droit de la plus haute tradition des grandes familles de France, militaires de pères en fils depuis Mathusalem, tous des maréchaux, des généraux de tous les plus grands corps d'armée de la nation et lui, Jean-Hugues Racine, qui avait St Cire, qui était promis à une grande carrière avait tout envoyé chier. Militaire il l'était et il avait veillé à être là où ça voulait dire vraiment quelque chose! |
|  | | django Mekhet - nouveau né


Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 20/09/2009
 | Sujet: Re: Présentation de Django Lun 21 Sep - 9:03 | |
| Racine voyait les choses à sa façon, simplement, clairement, nettement, il n'aimait pas l'armée, il n'aimait pas la guerre, et c'est pour ça qu'il avait choisit la légion... Par bien des cotés je me suis senti proche de lui, mais là où il allait je ne pouvais pas le suivre. Pour lui le militaire était le chénon qui séparait l'humain de l'animal. Les animaux se battent pour un territoire, pour la nourriture, pas l'homme. L'homme, lui, envoie des militaires, des bêtes a figure humaine puis il détourne la tête du champ de bataille et laisse les bêtes s'entredévorer entre elles. Pour Racine le mépris d'une nation pour ses propres forces militaires est le meilleur moyen de juger du degré d'humanité et de civilisation d'une nation. La première fois que je l'ai rencontré c'était en Centre Afrique, j'avais été rejoindre mon régiment depuis Paris, là bas c'était un drôle de bordel, en plein durant les manifestations étudiantes anti-Bokassa, en plein durant la mission Barracuda, enfin quelques avant très exactement. Officiellement même on était là en soutient aux forces de l'Empereur Bokassa, mais en réalité on était surtout là pour protéger les barbouzes, la France ne voulait pas prendre de parti pour personne avant d'être sûr que l'opinion mondial ne prendra pas ombrage contre l'un ou l'autre de ces choix (et puis le gros avait un peu trop dérapé de toute façon). La première fois donc que j'ai vu Racine, c'était dans ce bordel, il était devant le palais Impérial de Bangui, le regard braqué sur la foule de manifestants qui s'amassait autour (et qui avait bien du bol que les caméras du monde entier étaient braqué sur eux, sans quoi en une heure ils auraient été massacrés, dépiautés et balancés dans une fausse). J'ai été amené devant lui par son aide de camp, il ne m'a accordé qu'un bref regard puis il est retourné à sa contemplation de la foule. _Sais tu ce que c'est ça, soldat? _Non, mon Colonel! _Ça c'est un peuple qui lutte pour sa liberté, c'est le degré zéro de la civilisation, quand les hommes sont amenés à devoir lutté eux même pour leur survie! J'ai pas sur quoi répondre. _Sais tu pourquoi en France on ne voit pas ça soldat? _Non mon Colonel! _Parce qu'en France les hommes sont des hypocrites, soldat, parce que les français n'ont plus à lutter pour leur survie depuis longtemps. Ils ne savent même plus à quoi ressemble un champ de bataille et tu sais pourquoi soldat? _Non, mon Colonel! _Parce que c'est nous qui sommes sur le champ de bataille, et que les Français nous détestent et nous évitent... parce qu'ils payent d'autres hommes pour y aller à leur place. C'est un luxe, mais pour qu'ils se le payent, demain on va peut être avoir à charger dans ce tas de civiles et les massacrer. Te sens-tu capable de faire ça soldat? La, je dois dire que j'ai séché, j'ai rien répondu, j'ai laissé mon regard courir le long de la foule, des types de mon âge pour la plupart, des femmes, des gosses, des vieux aussi... rien qui puisse être considérer comme une armée. Racine, ça à du le faire tilter de pas avoir un « oui, mon Colonel! » direct et borné. Il s'est retourné vers moi et m'a considéré un moment avant de retourner vers la foule. _Quel est ton nom Soldat? _Première classe Django Ladislav, mon Colonel! _Tu es Français? _Non mon Colonel! _Tu es de quelle origine? _Yougoslave, mon Colonel! _Tu aimes ton pays? Là encore j'ai gardé le silence. _Ces gens là en bas, soldat Ladislav, sont les plus dangereux qui soit, ne l'oublies pas. Je suis encore resté silencieux, largement dépassé, je n'avais pas l'habitude de faire la conversation avec les gradés et je n'avais pas vraiment d'opinion sur ce dont on discutait. _Ces gens en bas, ils ne capituleront jamais, sais tu pourquoi soldat? _Non mon Colonel! _Parce qu'ils ne sont pas payés pour mourir, au contraire ils se battent pour ne plus mourir justement, ils sont les soldats à l'état brut, ceux qui combattent ni pour la patrie, ni pour des idées, ni pour de l'argent, mais pour eux et seulement pour eux... ils sont des fauves. De nouveau j'ai laissé courir mon regard sur la foule et j'ai compris qu'il avait raison, à ce moment j'ai vu que si les forces armées du Régime avaient ouvert le feu sur la foule, même le plus jeune enfant de cette foule n'aurait pas reculé, mais au contraire se serait jeté avec toute sa hargne dans la mêlée, quelque fut le prit à en payer. J'ai eu un frisson « Je comprends » j'ai murmuré, Racine s'est tourné vers moi et m'a accordé un mince sourire et hoché la tête. -Retournes à ton poste soldat. J'ai salué et je suis retourné en arrière. On est resté un mois à faire les plantons devant le palais Impériale pendant que nos espions parcouraient tout le pays, au bout de deux mois la mission Barracuda à été validé. Officiellement on y a pas participé, mais pour que nos paras ne soient pas abattus avant même d'avoir atteint le sol, dans l'ombre on a fait le ménage, quand les forces aéroportés sont arrivés c'étaient plutôt pour faire le gros du ménage, tout le sale boulot et la mise en place logistique et stratégique, c'est nous qui l'avons fait. Mais avec Racine au commande ça été rapide, net et sans bavures. En Afrique on y a passé trois ans, parfois de longs mois à ne rien faire, d'autres à escorter les voyages officiels de dignitaires ou de diplomates... d'autres à servir les intérêts de la France pas toujours de la plus belle façon qui soit. Mais enfin on faisait notre devoir de soldat, pas toujours propre, mais comme disait Racine « on ne paye pas des soldats pour la beauté de son uniforme. ». Avec Racine on s'entendait bien, très bien, pour la première fois dans ma vie je n'ai pas ressenti de problème à obéir. Son autorité allait de soit, ses ordres je les respectais à la virgule prêt sans ciller. Pourtant quand je parlais avec Racine, j'avais souvent la désagréable impression qu'il ne voyait pas en moi un soldat ou du moins pas le même soldat que lorsqu'il regardait les autres légionnaires sous ses ordres. Puis au bout de trois ans, j'étais monté au grade de caporal, on a été envoyé en Birmanie, officiellement pour aider le gouvernement Birman dans sa lutte contre les factions révolutionnaires. Les factions révolutionnaires Birmanes étaient souvent dirigés par des Seigneurs de Guerre locaux. ceux-ci ne menaient généralement pas d'actions antigouvernementale, mais veillaient soigneusement à ce que les pouvoirs en place ne puissent se mêler de ce qui se passait sur leur territoire (souvent très vaste), où généralement ils s'occupaient de la culture du pavot et de sa redistribution sur le marché mondiale. Quand au gouvernement, la junte militaire était depuis longtemps embourbé jusqu'au coup dans le trafic de drogues, la majorité des grands Seigneurs de Guerre des Faction révolutionnaires étaient aussi des Hauts dignitaires de la Junte. Le terme « révolutionnaire » ne servait qu'a créée des zones de non-droits aux Seigneurs de Guerre. Qu'est ce qu'on pouvait bien venir faire au milieu de tout ça? C'est simple, comme la majorité des autres pays riches, la France savait que la région était pétrolifère, dés lors la démocratie se devait d'être donné à la nation Birmane ou du moins trouvé une solution pour s'emparer des richesses du sous-sol Birman. Au début nous avons été envoyé sur la frontière Thaïlandaise du pays, là haut ça canardait dure, vraiment dure. Les militaires Thaïlandais s'étaient organisés en réseaux de contrebandier et tentaient de voler les convois de pavots qui transitaient par la frontière, ajouter à ça une partie de l'armée régulière qui luttait réellement contre le trafic et enfin une faction civile Thaïlandaise qui faisait des excursions punitives régulières sur la frontière pour se venger des incursions Birmanes (ils faisaient de réguliers raids dans les villages de la frontière pour trouver de la main d'oeuvre pour leur exploitation de pavot). Vous pouvez imaginer que la vie y était dure, de plus nous étions plus ou moins livrés à nous même avec un matériel standard... autant dire que même le plus enragé d'entre nous en à chié! Le principe était toujours le même, nous on était sur le front à crever, les espions sillonnaient le pays à couvert, tous les yeux étant braqués sur nous. Bien sur tout cela moi je ne le savais pas, Racine lui savait, même si on lui disait rien,il voyait bien ce qui se préparait. Mais moi non, rien, j'ai rien vu venir. Après quelques mois, on à été affecté dans le Sud, on devait prendre position prêt d'un petit village, on avait pour ordre de mission de sécuriser la zone (en accord avec l'ONU). Le village en question ne compter qu'une trentaine d'habitants, tous cultivateurs, des gens simples. La plupart ne savaient même pas ce qu'il se passait dans le pays, on était sans doute les premiers blancs que ces gens là voyaient, on a été accueilli comme des invités de marque, on a manqué de rien. Pourtant quand on leur expliquait la raison de notre venue : les protéger des factions révolutionnaires, ils nous regardaient avec des yeux ronds et se contentaient d'exploser de rire. Les terres où ils vivaient n'étant pas propice à la culture du pavot, ils n'avaient simplement jamais vu un militaire de leur vie. En fait ils vivaient complètement coupé du reste du monde, de temps en temps un convoi militaire passait dans leur village, prenait quelques vivres puis repartait c'était tout. Et comme eux, je commençais à plus très bien comprendre ce qu'on faisait ici. Mais les jours ont passé sans qu'il ne se passe rien, on commençait même à apprécier la vie dans ce petit coin perdu, on a même finit par abandonner notre camp et venir s'installer dans le village, on vivait à leur rythme, seul Racine ne se mêlait pas trop à la population. Il restait seul dans son coin, l'air sombre, il devait se douter de ce qu'il se tramait, mais même lui devait ne pas vouloir y croire. Moi et quelques autres on s'était lié avec un gamin du village Ne Win, on le suivait dans des excursions dans la brousse. Ce gamin connaissait mieux que quiconque sa terre, il y était aussi à l'aise qu'une bonne femme dans sa cuisine, il en connaissait tous les recoins, les secrets, il en était en quelque sorte le seigneur. On toque à ma porte, je sais déjà que c'est Jacques, même avec la musique je reconnais son pas clopinant, lourd, je vois sa grosse silhouette passait la porte, ses joues rondes et rouges s'étirent en un large sourire « Django! Comment vas-tu? », je ne prends pas la peine de lui répondre, je lui fais signe de venir s'asseoir. Il trottine jusqu'au fauteuil en face du mien et se laisse mollement tomber dedans avec un air ravis, il pose devant moi un dossier, sans doute les dernières évaluations du club,les fiches de salaires et la dernière déclaration d'impôt. J'ai décidé de faire les choses dans les règles, j'y veille, j'ai enfin un chez moi, je veux qu'il soit irréprochable. _T'es venu me voir juste pour ça Jacques? _Pourquoi? Ça te fait pas plaisir de me voir? Bien sûr que non ça ne me fait pas plaisir de le voir, il le sait, je n'ai jamais pu l'encadrer. _Regarde dans la salle, à la seconde table sur la gauche, prêt de la scène! Je me lève et vais à la baie vitrée teintée et je regarde la table indiquée, un jeune type de la vingtaine d'année y est attablée avec trois types, des gorilles, pas des pros, plutôt du genre à rouler des mécaniques et à trop en faire. Le jeune type à trois pouliches à la limite entre vulgarité et mauvais goût, des gars comme lui j'en ai vu des milliers, j'en ai écrasé plus d'un aussi. -Et alors? _C'est Silvio, c'est un petit gars qui monte dans le milieu... _Il est dans les petits papiers du Belge? (je l'interromps) _Non, il le tolère, mais le Belge est pas en affaire avec celui-là. _Donc te fatigue pas, je veux pas d'affaires dans mon club. Je ne lui laisse même pas finir sa phrase, je vais jusqu'au coffre et j'en sorts une enveloppe et la lui tend. _C'est la part du Belge. Le gros la range dans sa sacoche et soupire. _Tu sais ce gamin est doué, c'est un futur ponte, tu pourrais au moins aller prendre un verre avec lui, il veut juste te rencontrer, aprés tout pour ces mômes t'es une légendes... _Je m'en branle Jacques, ce môme je lui donne pas plus de trois mois dans le circuit avant de se faire sortir... _Va au moins le voir, il a déjà claqué trois bouteilles de champagne et une boite de caviar... _J'irais faire un saut à sa table tout à l'heure... _Tu le regretteras pas. _Je le regrette déjà! Jacques éclate de son gros rire gras qui sonne faux et sort de mon bureau, je retourne à la baie et je regarde une fois encore Silvio, il me rappelle Perhan, un nabot nerveux, habillé comme un sapin de Noël qui n'a qu'une envie : montrer au monde qu'il n'est pas qu'un nabot... Tout le contraire de Ne Win, lui ne voulait rien prouver à personne, lui il était seigneur dans sa jungle naturellement, il n'avait pas eu besoin de se battre pour ça. Il m'emmenait souvent avec lui dans ses excursions, je prenais plaisir à le suivre, le voir me montrer les secrets de sa forêt. Ne Win chassait beaucoup, il avait pour ça une vieille pétoire qui devait remonté à l'époque de l'Empire Britannique. Son père étant mort, le champ de sa famille n'était plus cultivé, alors en entendant qu'il ait l'âge de le reprendre Ne Win et sa mère se contentaient de la cueillette et de la chasse. Les autres membres du village leur fournissait le surplus de leur récolte. Ne Win savait exactement où trouver tous les types de gibier. On ne parlait pas la même langue, mais à force de traîner ensemble on avait finit par se comprendre parfaitement. Un jour il est venu me chercher au camp, je finissais tout juste mon tours de garde, il semblait à tout prix vouloir me montrer quelque chose. Je suis allé rapidement me changer et je l'ai suivi. On a marché des heures en forêt, jamais je ne m'étais aventuré si loin seul dans la brousse. Ne Win avançait comme à son habitude : en silence, il semblait glisser sur le sol, je n'étais pas aussi doué que lui, je pouvais être silencieux aussi... mais pas aussi rapide. On a marché peut être trois heures en forêt, il s'est arrêté devant un gros arbre et m'a fait signe d'y grimper, on est tous les deux monter jusqu'en haut de la plus grosse branche, de là il m'a fait signe de regarder dans la direction d'une petite clairière, elle était déserte, il m'a alors fait signe d'attendre. On a bien du attendre plus d'une bonne heure, quand j'ai entendu un bruit léger, furtif, Ne Win m'a attrapé le bras et fait signe de rester totalement silencieux. C'est alors qu'est sorti de la jungle un tigre, un fauve énorme, massif et gracieux. La bête tenait dans sa gueule une jeune biche, il l'a déposé au milieu du talus et c'est là que son sortit trois petites boules oranges et rayés de noir qui sont jetés sur la proie de leur mère. On a regardé le spectacle fasciné, même Ne Win semblait impressionné par le spectacle. Quand je suis rentré au camp ce soir là, Racine m'a convoqué dans sa tante, il était avec un type, une sorte de petit maigrichon à la calvitie précoce avec des culs de bouteille posées sur son nez; il était vêtu d'un short, d'une chemise et d'un gilet beige, le tout bon marché que l'on peut trouver dans n'importe quelle grande surface de sport au rayon « randonnée ». j'ai regardé un petit moment cette caricature de Tintin au Congo. Le touriste m'a sourit et tendu la main, je l'ai ignoré et j'ai regardé Racine. _Je te présente Mr Daubas Charles, Mr Daubas est un ingénieur, il va faire quelques repérages dans les environs et tu vas l'accompagner soldat. _Oui mon Colonel! Racine s'est tourné vers le civile, et lui indiqué d'aller déballer ses affaires dans sa tante, Daubas est parti et Racine s'est retourné vers moi. _Django, je sais que tu t'es attaché aux civiles de ce village, si j'étais toi j'arrêterais mes petites escapades, les choses vont bougés d'ici peu, et moins tu seras engagé auprès des villageois, mieux ça sera. _Mon Colonel? Racine a soupiré, l'air las. _Je n'ai reçu aucune consigne, mais je sens que les choses vont bougés sous peu et ça risque de pas être beau. J'avais l'habitude d'entendre les prémonitions fatalistes de Racine, j'ai mis sur le compte de son habituel pessimisme. Le lendemain comme prévu je suis allé chercher Daubas pour l'accompagner, je devais l'aider à faire des relèves topographiques, en soit rien de compliquer je tenais une mire, pendant que lui relevait des mesures grâce à un appareil prévu à cet effet. Daubas était un bonhomme tout ce qu'il y a de plus banal, plutôt sympa, un rien trop bavard peut être. Il me bavassait des heures durant sur sa femme et sa fille et me montrait toutes les dix minutes des photos d'elles. Mais dans l'ensemble pas un mauvais bougre. Mais même lui ne savait à quoi allait servir ces relevés... je commençais à craindre que les prémonitions de Racine se révèlent fondées pour une fois. Durant deux semaines j'ai accompagné Daubas dans ses excursions, parfois Ne Win nous suivait, il semblait curieux de la machine de Daubas, mais il s'est vite lassé de nous voir répéter cent fois par jour les mêmes gestes. Quand enfin Daubas en a eu fini de ses relevés, il est reparti pour Rangoon rendre son compte rendu puis il est reparti pour la France sans doute. Nous on est encore resté en poste au village, on ne commençait à se poser pas mal de question, la zone était tout à fait calme, on avait pas vu l'ombre d'un ennemi depuis qu'on était arrivé, on ne comprenait pas du tout la raison de notre présence. Puis un matin le clairon de rassemblement à sonné, cela faisait longtemps, très longtemps qu'on ne l'avait pas entendu. Les villageois se sont amassés avant nous sur la place, ils avaient l'air curieux, ils ne comprenaient pas pourquoi on faisait ce ramdam à cinq heures du matin. Nous on est arrivé tout de suite, au pas et en tenue, famas à l'épaule. Racine était déjà sur la place du village, il nous à tous regardé, puis s'est tourné vers le ciel, très peu de temps après on a entendu les pales d'un hélicoptère, il venait dans notre direction. Pour que tout l'escadron est été réunit comme ça en parade, fallait que le gus qui se ramenait soit un putain de grand ponte. Quand l'hélico s'est enfin posé, deux types des commandos spéciaux en sont sortis tout de suite suivi par une sorte d'énarque en costume cravate sur mesure a cent patates la pièce, si j'avais trouvé Daubas et sa tenue de randonneur de chez décathlon ridicule, j'étais simplement halluciné que ce type ce pointe comme ça sur son trente et un au milieu du trou cul du monde. On a salué, Racine est allé rejoindre l'énarque et nous on à été coordonné par les deux commandos pour assuré la sécurité du périmètre. Je ne sais toujours pas qui été le type de l'hélico, mais une chose est sûr, pas n'importe qui! Une heure après Racine m'envoyais cherché le chef du village, une sorte de vieille momie au visage complètement inexpressif à la mâchoire qui tremblotait. Le vieux m'a regardé hagard quand je suis allé le chercher avec le traducteur, il m'a suivi jusqu'à la tente de Racine. Le type l'attendait assit à une table qu'il avait fait installer pour ce qui ressemblait être des négociations. Le jeune énarque à la gueule de requin, a sourit au vieux, lui a tendu une main chaleureuse, déjà on pouvait comprendre que le pauvre vieux était complètement largué mais ce que j'ai tout de suite noté c'était la mine de Racine : sombre et préoccupée. J'ai tout de suite compris que ce qui allait se jouer maintenant était important, foutrement important, surtout pour le village. La France s'était mise d'accord avec la Junte militaire pour l'extraction pétrolière, Total et Elf avaient réussit à rafler le marché en gros, à présent il fallait mettre en place un réseau de pipeline à travers tout le pays pour acheminer le pétrole et le village était en plein sur l'un des tracés des dits pipeline il fallait donc que les villageois abandonnent leur village et aillent s'installer ailleurs (sans doute dans le Nord ou les champs de pavots nécessitaient toujours plus de main d'oeuvre). Bien sûr les choses n'ont pas été dites tel quel, mais dans l'idée c'était à peu prêt ça. Inutile de vous dire que le vieux à tout de suite refusé, cette terre était celle de ses ancêtres, celle de sa famille et des autres familles du village et qu'il n'était pas même envisageable de s'éloigner à un kilomètre seulement. Le jeune requin à continué de parlementé un moment, jouant la carte de la permission de l'état Birman, ajoutant les avantages et les dédommagements qui seraient offerts aux villageois, il faisait calmement, méthodiquement, exactement comme on le lui avait enseigné dans sa grande école. Mais le vieux restait inflexible. Le requin à alors soupiré et jeté un coup d'oeil à Racine, puis à tranquillement rangé ses affaires, salués poliment le vieux et lui a donné congé. Racine semblait nerveux, il nous a tous congédié et est resté une heure sous la tente avec le jeune requin. Deux heures plus tard l'énarque reprenait son hélico et disparaissait. Racine m'a convoqué moi et les autres officiers et nous annoncé l'élimination immédiate du village, il fallait que l'opération soit directe, efficace et sans aucun témoin... Même les plus anciens sont restés silencieux, personne la ramenait et Racine lui même tremblait légèrement devant ce qu'il venait de nous annoncer. Nous avions tous que nous aurions à faire ce qui nous avait été ordonné, on avait pas le choix on existait pour ça... c'est là justement que venait le problème, on avait déjà fait pas mal de chose peut louable, on avait torturé, assassiné, saboté des réserves d'eau... Mais jusqu'à présent on s'était toujours battu contre des militaires ou au moins des miliciens, pas toujours entraînés, mais des hommes armés qui avaient d'une façon ou d'une autre mis un pied dans la guerre en leur âme et coscience. Aujourd'hui on nous demandait d'exterminer un village, comme l'avait fait les nazis, ou les Russes, ou n'importe quelle armée d'un régime fasciste, mais pas la France... normalement. Racine a finalement soupiré. _Vous connaissez la situation messieurs, je vous donne un quart d'heure pour placer vos hommes, on va pas faire dans le fignolage, on encercle le village et on ouvre le feu, on rabat tous les civiles vers le centre et on finit le boulot. On est en place depuis assez longtemps pour savoir qu'on a absolument pas à craindre une résistance armée lourde, au mieux quelques hommes armés de fusil de chasse. Je veux que ce soit rapide, propre et sans bavure, c'est clair? On répondu comme un seul homme « Oui, mon Colonel! » mais pas une seule voix du choeur n'avait l'air plus convaincu que ça, Racine nous alors donné l'ordre de rompre. Voilà comment en trois heures à peine le sort d'une trentaine de personnes avaient été décidé, même j'étais assez malin pour comprendre que le village avait été condamné dés le premier jour qu'on avait été envoyé ici. Ce qu'on était venu faire ici c'était juste prendre nos marques pour ce futur massacre rien de plus. J'ai rassemblé les hommes sous mon commandement et on est parti vers le Nord Ouest du Village, les villageois nous on regardaient partir en silence, ils ne comprenaient pas pourquoi on levait le camp ainsi subitement, l'un d'eux est même venu me serrer la main pour me dire adieu, l'un de mes gars la repousser et on a continué sans se retourner. Une fois en place, mon contact radio à attendu le feu vert de Racine, on a entendu une bonne heure a couvert que le groupe de repérage s'assure qu'aucun villageois ne soit en vadrouille et élimine discrètement ceux qui le seraient. Puis l'ordre à été donné, on s'est remis en marche dans le sens inverse on refait exactement le chemin qu'on avait fait une heure avant. Les villageois nous on regardaient cette fois complètement paniqués, ils comprenaient que quelque chose n'allait pas. Même avant que les premiers coups de feu ne retentissent, certain se sont mis à pleurer et à supplier... On a fait notre devoir, deux minutes après c'était le carnage, le village était en feu, quelques hommes armés de fusil ont tenté de s'opposer à nous mais ils n'ont pour la plupart même pas eu le temps de tirer une seule fois. Une femme avec son bébé attaché dans le dos s'est jeté sur moi avec un couteau, mon bras s'est automatiquement ajusté et j'ai fait fait feu, elle s'est écroulée, son enfant hurlé épouvanté dans son dos, encore une fois mécaniquement mon bras c'est ajusté et j'ai tiré les hurlements ont cessé. Je crois pas qu'un seul d'entre nous n'est hésité un seul moment durant tout le massacre, on avait était bien plus conditionné qu'on le pensait durant notre formation. L'opération n'a pas duré plus d'une heure, en une heure on avait tout massacré tout ce qui bougeait, le village était en cendre, l'odeur âcre de la chair brûlée me desséchait la gorge et me donnait la gerbe. J'ai attendu que l'ordre de repli soit annoncé, moi et mes hommes étions chargés de de vérifier si aucun villageois n'en avait réchappé et d'abattre les agonisants. J'ai séparé mon escadron en trois groupes, et je suis parti seul de mon coté. J'ai marché un moment seul dans les ruines du village, je regardais les corps désarticulés de ces gens qui nous avaient reçu parmi eux durant plus d'un mois... je suis allé derrière une des cases et j'ai gerbé tripes et boyaux, c'est alors que j'ai entendu derrière moi quelqu'un bouger, je me suis tout de suite retourné, Ne Win était en face de moi, il avait une balle dans l'épaule et me fixait d'un regard que je ne lui avait jamais vu : de la haine... une haine... que je n'ai jamais revu de toute vie, sauf dans mes pires cauchemar. Il tenait dans sa main sa vieille pétoire, il l'a ajusté comme il pouvait de son unique bras valide et m'a mis en jout. Mon bras pesait des tonnes, j'avais en face de moi un ennemi, son regard était celui d'un tueur, un tueur qui voulait voir mon sang coulé, mes mon corps était paralysé. Je ne sais pas exactement ce qui m'a traversé l'esprit mais j'ai lâché mon arme, je ne pouvais abattre ce gosse, j'avais pu tuer cette femme avec son enfant sans aucun état d'âme tantôt, mais je crois que j'étais arrivé à bout... J'ai regardé Ne Win, j'aurais aimé lui dire de baisser son arme de faire le mort et peut être d'avoir une chance de survivre, mais je savais que le Ne Win avec qui j'allais chasser quelques jours auparavant était déjà mort... il ne restait plus qu'un homme blessé, à l'agonie qui venait de voir son village, ses amis et sa terre réduit à néant pour des raisons qu'il ne comprenait pas, pas plus que je les comprenait moi même en fait. Mais la différence entre lui et moi, c'est que lui avait une raison de me tuer, moi je n'en avais aucune autre que l'absurdité de l'ordre que m'avait donné ma hiérarchie. J'ai baissé mon arme et j'ai fixé Ne Win, il a fait feu, le coup était mal ajusté, la balle est venue se loger juste sous mon abdomen, elle à éclater dans ma chair laissant une sorte de petite fleur ronde noir au pétale rouge... J'ai bien faillit m'écrouler sous l'impact, mais je ne sais pas pourquoi j'ai résisté de toute mes forces, je suis resté debout et j'ai continué de fixer Ne Win. Lui aussi avait faillit tomber à la renverse sous l'impact de son tire, il s'est redressé et m'a fixé un moment attendant que je tombe. Mais je ne tombais pas, alors il à réajusté son fusil encore une fois, lentement, consciencieusement, il a ajusté son arme, visant mon coeur. Au moment ou j'ai entendu la détonation, c'est au niveau du crâne de Ne Win que j'ai la petite fleur cette fois, il est resté un moment les yeux grands ouverts à me fixer toujours avec autant de haine, il a tenté de ramener son arme sur la gauche mais de nouveau une détonation à éclaté emportant la moitié de son visage, il s'est affaissé sur lui même, comme une structure de chaire qui aurait perdu ses fondations subitement. La douleur est alors arrivé à mon cerveau, un vif élancement vers mon abdomen, je n'ai eu que le temps de me retourner vers la gauche et j'ai vu Racine, son arme encore fumante, j'ai sombré. |
|  | | django Mekhet - nouveau né


Nombre de messages: 5 Date d'inscription: 20/09/2009
 | Sujet: Re: Présentation de Django Lun 21 Sep - 9:03 | |
| Lorsque je suis réveillé j'étais à Rangoon dans un hôpital militaire des Nations Unies, j'ai lentement émergé, mon corps était engourdit sous l'effet de la morphine qu'on m'avait administrait, malgré cela je sentais un élancement vers mon abdomen, mais je ne voyais pas ma blessure sous l'épais pansement qui l'a recouvrait. Une infirmière est alors apparue dans l'embrasure de la porte et a aussitôt redisparue, quelques minutes plus tard un médecin de l'armée venait m'occulter, il m'a posé quelque questions sur mon état mais rien d'autres, il m'a affirmé que j'étais hors de danger puis est reparti. Je pensais que j'allais être traduit en court martial militaire ou quelque chose comme ça... mais personne n'ai venu me dire quoi que ce soit. Le lendemain enfin un Capitaine et deux sous officiers sont venus me rendre visite, mais à la place d'une mise aux arrêts j'ai eu le droit à la médaille du Mérite, sans doute le cadeau d'adieu de Racine. Avec cette médaille, je finissais précocement mon service pour la France, ayant reçu une blessure au court d'un fait d'arme. J'évitais donc la court martial et m'en tirais donc avec les honneurs même, mais j'avais encore cette gerbe permanente au fond de la gorge, je comprenais que dans tous les cas j'avais perdu quelque chose, et que je ne retrouverais jamais cette chose, quelle qu'elle fut. Je suis resté un mois en convalescence, puis encore deux mois en rééducation, à la fin de ce temps j'étais officiellement relevé de mon service et pouvait retourner à la vie civile. J'ai fait mon bardas et je suis directement parti pour l'aéroport de Rangoon, j'ai embarqué pour Paris. Durant le vol, j'ai descendu tout le mini bar sans arrivé jamais à me saouler suffisamment pour m'endormir, ni même pour me faire oublier les derniers évènements et à présent quoi? Je repartais pour la France? Qu'est ce que j'avais là bas? Rien, rien de rien... Quand l'avion a atterri j'ai tout de suite reprit un billet pour Marseille, c'était là-bas que mes emmerdes avaient commençaient, peut être que ça serait là-bas que mes emmerdes trouveraient leur dénouement. Quand je suis arrivé à Marseille, j'ai erré un moment dans les rues, je ne reconnaissais rien, tout avait changé, je suis retourné sur le terrain vague ou la caravane d'Hakmed été établie à l'époque, il n'y avait plus rien forcément. Je suis retourné dans le centre vers la Rotonde et je suis entré dans le premier bar que j'ai trouvé et je m'y suis pris une cuite monumentale... le lendemain j'ai recommencé et le surlendemain et le jour d'après encore... J'avais une petite pension d'ancien militaire et une prime de blessé de guerre, assez pour me payer une chambre d'hôtel miteuse et une bouteille de scotche par jour en bref et je n'en demandais pas plus. Les jours se sont écoulés ainsi, combien? Je serais bien incapable de vous le dire, un soir que je quittais l'un des rades minables ou j'allais me saouler; je rentrais vers mon hôtel en titubant, c'est la que j'ai cru la voir dans une voiture à un feu rouge, je l'ai longuement regardé, je n'avais plus pensé à elle depuis longtemps, mais maintenant que je la revoyais je n'avais qu'une envie s'était d'aller m'allonger à coté d'elle, comme avant... Mais j'étais trop ivre pour m'approcher, j'avais besoin du mur à coté de moi pour tenir debout, son regard à croiser le mien, j'ai su que c'était bien elle : Azra. Quand le feu est passé au vert sa voiture à démarrer et elle à foncé, j'ai hurlé son nom, mais la voiture n'a pas ralentit. Je me suis écroulé, j'ai gerbé tout mon scotche et je suis endormi à même ma gerbe. Je ne sais pas trop quand mais les flics ont finis par me ramasser forcément, quand je me suis réveillé le lendemain j'étais en cellule de dégrisement, c'était pas la première fois que je m'y retrouvais. Et comme à chaque fois, j'étais incapable de me souvenir à quel moment les flics m'avaient mis dans le panier à salade, ni même où je me trouvais quand ils m'ont trouvés. Je retourne encore une fois à la grande baie vitrée de mon bureau, Je regarde à la table de Silvio, il est toujours là, il commande une cinquième bouteille de champagne. Je sais à présent que je vais pas pouvoir y couper, il va me falloir aller trinquer avec ce merdeux, à cette seule idée je sens toute ma bonne humeur me quitter. J'enfile ma veste et je sorts de mon bureau, je descends les escaliers et gagne la salle principale. Il y a du monde, quelques habitués que je vais saluer, j'échange trois, quatre civilités puis je m'approche de Francis, le responsable de salle, je ne suis pas encore à deux mètres qu'il se jette sur moi et déjà j'entends parlé de Silvio, ce petit enfoiré à du lui donné un beau pourboire, parce que Francis me fracasse tellement la tête au sujet de ce gamin que j'ai l'impression que c'est un putain de ministre que j'ai dans ma salle ce soir. Je comprends que je n'y couperais pas, je commande un scotche et je me dirige lentement vers la table de Silvio, je prends garde sur le chemin de saluer d'autres personnes, pour pas donner trop d'importance au merdeux. Quand j'arrive enfin à sa table il m'accueille avec un sourire que j'ai vu sur des millions de visages déjà et chaque fois que je l'ai vu, j'ai eu des emmerdes avec celui qui me le décernait. _Mr Ladislav!!! Hurle Silvio en se levant et en me serrant la main qu'il est directement allé cherché. _C'est un honneur de vous rencontrer, vraiment... j'veux dire, putain , vous êtes une vraie légende pour nous... je viens de Marseille vous savez moi aussi... Je déteste vraiment ce gosse, j'en suis sûr à présent c'est viscérale, je m'assois à coté de lui mais je le regarde pas, je fais un petit tour de salle, je laisse bien traîner le temps et même si je vois pas sa gueule, je sens la frustration du merdeux. Je daigne enfin lui accorder un regard. _Tu t'appelles Silvio c'est ça? _C'est ça, m'sieur Ladislav... _Et t'es de Marseille? _Du Panier... _Et? Silvio cligne des yeux, il comprend pas, à vrai dire moi non plus, je ne sais pas pourquoi je suis si dédaigneux avec lui, c'est qu'un gamin des quartiers qui veut se faire une place, je vois pas ce qui me le rend plus antipathique qu'un autre. _Vous savez, j'étais là lors de la fusillade avec les frères Bartolli. Je vois où il veut en venir, sa technique pour passer la pommade est pas des plus fines. _J'ai un truc à faire là, je repasse tout à l'heure... Je me lève et retourne au comptoir sans même accorder un regard à Silvio, Justine est seule devant un Martini dry et à ce moment c'est surtout de sa compagnie dont j'ai envie. Elle m'accueille avec son sourire habituel, et se pousse un peu, je dépose un baiser dans son cou et je profite de l'odeur de son parfum... un régal, oui un vrai régal... bien différent de l'odeur des égouts qui m'ont suivis longtemps à Marseille. Et quand je me suis réveillé dans la cellule de dégrisement c'est de l'odeur dAzra dont j'avais envi, un flic est venu me chercher dans ma cellule et m'a fait sortir, j'ai passé un quart d'heure dans un bureau à me faire sermonner par des flicaillons plein de bonnes intentions et soucieux des bonnes moeurs républicaines, j'approuvais par de mous hochements de tête à toutes leurs salades et j'attendais qu'on m'autorise à partir, ce qui ne tarda pas. Une fois que je suis arrivé dehors, il faisait plein soleil et une chaleur de plein mois d'août, ça faisait un moment que j'avais pas vu la lumière du jour, ça a décuplé les effets de ma gueule de bois. J'étais tellement à la ramasse que j'ai même pas vu la BMW qui est venue à ma hauteur. Elle a roulé un petit moment à ma hauteur, mais j'étais trop concentré sur ma gueule de bois pour y prêter attention, au bout d'un moment la fenêtre s'est baissé et une tête de nabot fagoté comme un bouffon qui se prend pour un roi se penche vers moi. _Hey Gajo!! Tu vas où là? Je me suis retourné, même avec le marteau qui me fracassais les tempes à ce moment, je n'ai pas pu ne pas reconnaître cette voix, j'ai baissé la tête et j'ai croisé le regard de Perhan et son sourire de nabot mielleux. _Tu me payes un verre? J'ai articulé avec difficulté, la voiture se stop et je suis monté à l'intérieur et on s'est barré vers le Panier, on est allé s'asseoir sur la terrasse d'un café, Perhan ma prêté ses lunettes de soleil pour que je puisse supporter la lumière et j'ai commande un café et un cognac. On a discuté vite fait de ce que je suis devenu, inutile de dire que je ne me suis pas étendu longtemps sur le sujet. Ce qui arrangeait Perhan qui se foutait bien de ce que j'ai pu devenir, et il a embrayé sur un sujet qu'il affectionne bien plus : lui même. Comme je m'y attendais il s'en était bien sorti, il était marié avec Azra et s'était monté une petite affaire de prêt sur gage, il avait dans sa poche la moitié des PMU du Panier, il n'avait plus qu'a repérer les joueurs les plus malchanceux et de leur avancer l'argent avec un taux d'intérêt, leur refiler des faux tuyaux et attendre que les joueurs tombent au plus bas et les plumer. C'était simple mais efficace, Perhan avait réussit à se faire son nom, il avait quelques gars qui le suivait et commençait à réfléchir à agrandir son business. Avec la gueule de bois que je me payais je dois dire que la réussite et les magouilles de Perhan je m'en branlais comme de l'an mille. _C'est Azra que j'ai vu la dernière fois dans la rue? _Ouais. _Comment tu m'as retrouvé? _De la même façon que je retrouve mes pigeons que je dois plumer, par mes indics mon vieux... Et là je sais pas pourquoi je me suis remis à parler Yougoslave, ça allait faire des années que j'avais plus parlé ma langue maternelle. Je ne saurais pas dire pourquoi mais ça m'a fait un bien fou, ça a semblé plaire à Perhan, on avait tous les deux pas mal perdus, mais on s'en foutait on se retrouvait à nos jeunes années d'un coup avant que le merde monte si haut qu'on en voyait même plus le ciel. On a parlé du camp d'Hakmed essentiellement, on a soigneusement éviter le sujet de la « trahison » il n'y avait rien à dire sur le sujet. On est resté toute la matinée à discuter comme ça, à rire de choses complètement connes, qui ne pouvaient ne faire rire que nous. Puis Perhan s'est levé et m'a dis avoir des trucs à faire, il m'a tendu la main et m'a demandé où je logeais, quand je lui ai dis que j'étais dans un hôtel pour clodo et à putes de la Rotonde, il m'a regardé avec pitié et m'a dis qu'on se reverrait, je savais qu'il mentait mais je m'en foutais. On s'est séparé et je suis reparti à mon, hôtel pour roupiller. J'ai du dormir trois heures, j'ai été réveillé par le téléphone, c'était la réception, c'était la première fois qu'elle m'appelait, quelqu'un voulait me voir. Je me suis passé un coup d'eau sur la figure et je suis descendu, Perhan m'attendait, il m'a fait signe de le suivre. On est retrouvé dans un café, cette fois il a commandé deux cafés et ne m'a même pas laissé l'opportunité de commander autre chose, Perhan voulait me proposer un boulot... pourquoi pas? Je l'ai écouté, un des types à qui il avait avancé une somme coquette était allé se réfugier chez son cousin, un boxeur semi-pro. Les quelques gars de Perhan qui avaient tenté d'aller chercher l'argent s'étaient fait péter le nez et Perhan craignais de devoir tirer une croix sur son argent (ce qui n'aurait pas été bon pour sa réputation et son business ne reposait que sur sa réputation). Il me proposait d'essayer d'aller récupérer l'argent. Perhan pouvait pas le savoir, mais j'étais tout désigné pour cet « emploi » je lui ai demandé de me déposer devant l'immeuble du gars, je me suis enfilé mon café d'un trait et on est parti. J'étais assez remonté, ma gueule de bois s'était estompée et ne me restait plus que la mauvaise humeur. Quand on est arrivé, Perhan a voulu me filer des conseils de comment m'occuper du type, il a même voulu me montrer comment on faisait une clef de bras. J'ai compris que Perhan m'avait choisit juste pour mon gabarit et qu'il pensait que j'étais un clodos pas même foutu de me défendre, j'ai écouté patiemment ses conseils (pas très pertinents qui plus est les conseils) puis je suis sorti de sa bagnole, je suis allé prendre son démonte pneu dans son coffre et je suis parti vers l'immeuble. C'était juste un minable HLM, un clapier où une cinquantaines de bovins s'entassaient les uns sur les autres. L'ascenseur ne fonctionnait pas, c'était aussi bien, ça m'éviterait d'avoir à veiller que mon client ne tente de s'enfuir en l'utilisant. Je suis arrivé à la porte, je me suis mis sur le coté et j'ai sonné, pas un coup de sonnette, non j'ai appuyé plein pot sur le bouton sans le lâcher. J'ai entendu gueuler les occupants de l'appartement, puis le pas lourd d'un type, sans doute un mec corpulent vu le bruit des pas. J'ai attendu que la porte s'ouvre et sans même regardait qui était en face de moi j'ai envoyé un coup de démonte pneus dans la gueule du type qui avait ouvert. J'ai tout de suite enchaîné avec un grand coup de pied dans le bas ventre et j'ai finis par un coup de genou dans le nez. J'ai alors pu voir le type que je venais d'étaler, vu le gabarit si j'avais utilisé la clef de Perhan je me serais fait exploser, ma méthode était plus efficace. J'ai foncé dans le salon et je suis tombé sur une bonne femme qui s'est mis à hurler, je lui ai envoyé un coup dans la gueule, elle est allé s'étaler à l'autre bout du salon, séchée sur le coup. J'ai alors pu me consacrer à ma proie à proprement parler, le type était plus vieux que celui que j'avais étalé à l'entrée mais plus petit aussi. Avec lui j'aurais pas besoin de jouer au garagiste, il a essayé de s'enfuir mais je n'ai eu aucune difficulté à l'attraper, je lui ai mis trois gifles pour le ramener à la réalité. Je n'ai même pas eu besoin de parler, forcément l'argent n'était pas là, il ne l'avait pas et je pense qu'il disait vrai. Mais c'était pas mon problème, je l'ai jeté sur un fauteuil et j'ai retourné l'appartement, j'ai trouvé une petite cassette à bijoux, un peu de liquide, un poste radio, une TV, un poste radio d'automobile et un lecteur cassette. J'ai tout foutu dans un sac de sport, sûrement le sac d'entraînement du frère cadet et je suis retourné dans le salon. La bonne femme, le boxeur et le parieur étaient tous les trois assis au milieu de leur salon retourné, le boxeur a voulu se redresser mais je l'avais vu arriver avant même qu'il y pense, je lui ai collé un autre coup de démonte pneus en travers la gueule et il s'est écroulé, sa femme n'a même pas ouvert la bouche, son nez qui pissait le sang devait être un avertissement de ce qui lui arriverait si il se mettait à brailler. Je suis alors allé me planter devant mon client, celui-ci me regardait avec des yeux suppliants. _On va dire que t'as payé un quart de ta dette, je te laisse une semaine pour trouver les trois autres quarts et fais en sorte que j'ai pas venir les chercher, tu sais où trouver ton créditeur. Je lui ai pas vraiment laissé le temps de répondre j'ai tourné les talons, le boxeur par terre commençait à réémerger, il était pas en état de faire quoi se soit, mais pour l'aspect théâtrale, on va dire, je lui ai envoyé un grand coup de tatane dans le ventre et un autre dans les cotes, cette fois les choses étaient clairs pour tout le monde : j'étais un méchant avec qui il fallait pas plaisanter. Quand Perhan m'a vu redescendre avec mon sac de sport, il m'a regardé avec de grands yeux, moitié étonné de me voir redescendre sans un bleu, moitié emmerder de me voir avec un sac. _C'est quoi ça? Il m'a lancé en Yougoslave. _Il avait pas l'argent, j'ai pris ce que j'ai trouvé... J'ai répondu dans la même langue. _Putain je prends que du liquide moi, qu'est ce que tu veux que je foute de ça? _Merde! T'avais qu'a me briffer sur ce point avant que je monte au lieu de me montrer tes conneries de judoka du dimanche! _Bon monte, on se barre! On est allé fourguer les merdes à un receleur, puis on est retourné dans un café, Perhan restait silencieux, mais il avait l'air satisfait, il se rendait compte qu'il avait trouvé un homme de main qui allait pouvoir l'aider à augmenter considérablement sa réputation et sa réputation ça faisait son business. Une semaine plus tard, le gus s'est présenté avec l'argent, il a présenté publiquement ses excuses à Perhan, le message était passé auprès de tout le monde. Après ça je suis devenu « l 'huissier » officiel de Perhan, on traînait toujours ensemble et à nous deux on a commencer à amasser un petit magot. Perhan à tout de suite acheter sa propre affaire, un petit bar PMU, il s'est tout de suite fendu d'une salle de jeu clandestine à la cave. J'y trouvais un second emploi, en plus d'aller voir les mauvais payeurs, je veillais à la sécurité de la salle clandé. Perhan s'était fait sa réputation, je m'étais fait la mienne : une bête salement irritable qu'il valait mieux ne pas trop chauffer. Les affaires marchaient de mieux en mieux pour Perhan, il a commencé à investir dans une autre affaire, un petit hôtel de passe du Panier où il avait ses propres filles, et là encore ça m'a donné plus de boulot, je me chargeais aussi de la sécurité du lieu, mais là ma réputation était déjà suffisamment posée, pour que j'ai pas trop à faire de démonstration. Mais forcément toute cette réussite ça a attiré l'attention, des flics premièrement, mais eux il suffisait de leur donnait quelques avantages (des passes gratuites à l'hôtel, des jetons gratuits au tripot clandé, ou de bons conseils sur les courses) et un petit pot-de-vin aux supérieurs pour ne pas les voir mettre leur nez dans nos affaires. En revanche on était pas les seuls sur le Panier à vouloir nous tailler notre part du gâteau, d'autres groupes aussi étaient dans la course et les plus dangereux étaient deux frères italiens : les Bartolli, les Bartolli n'avaient rien à envier à notre réputation, ils étaient au moins aussi magouilleur que Perhan et aussi sauvage que je pouvais l'être, peut être un peu moins organisé mais c'est tout. Et forcément les gros pontes aussi ont commencé à se pencher sur notre cas. Les Bartolli n'avaient pas une bonne réputation dans le milieu marseillais, c'est pourquoi on avait pas été tout de suite foutu hors jeux à notre arrivée. Mais le milieu ne pouvait laisser deux gangs rivaux vivre sur le même territoire, ils ont demandé à Perhan de leur refiler un pourcentage (30% était le quotta standard) des gains, et on nous a fait comprendre à nous comme au Bartolli qu'il faudrait vite que l'une des deux parties quittent la scène. Perhan au début a voulu tenter de s'associer aux Bartolli pour éviter une confrontation, mais les deux italiens ne comptaient pas l'entendre de cette oreille, ils ont foutu le feu à l'hôtel et au tripot dans la même nuit. Si Perhan avait été seul, sans doute que ça aurait suffit, il aurait plié bagage et aurait détalé, oui mais voilà moi non. J'ai dis à Perhan de prendre le large quelques temps, je lui ai juste demandais de me trouver quelques flingues (il ne m'a trouvé qu'un foutu canon scié et un glock 17). Perhan s'est taillé et moi je me suis mis en mode chasse, je suis resté deux semaines en planque devant chez eux, à observer tranquillement leurs allées et venues, je les ai suivi chez leur femme, leurs maîtresses, leurs amis. Il faut dire qu'il nous avait sévèrement sous estimé les frères Bartolli. Une fois que j'ai été sûr de tout connaître d'eux, j'ai contacté Perhan, je lui ai demandé de me trouver quatre types qui avaient du savoir faire et au moins un minimum de professionnalisme. Perhan a très bien rempli sa part du contrat, il m'a même dégotté un autre ancien légionnaire, un allemand de l'est. En une nuit l'affaire a été réglé, je me suis personnellement occupé des frères Bartolli, le premier n'a même pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait je l'ai égorgé dans son lit. Le second à faillit s'enfuir lui, ça c'est terminé dans la rue... je l'ai abattu devant son immeuble. les quatre autres se sont occupés de leurs alliés. Le lendemain c'était officiel, Perhan était le nouveau maître du Panier, il à déboulé comme un Empereur Romain après une conquête, et tous ce qui avait avoir de prêt ou de loin aux Bartolli avait disparu. Je pense qu'on a eut un gros coup de pouce des pontes, ils devaient souhaiter que les Bartolli soient expulsés, sans ça on aurait jamais eu assez d'influence après le massacre des Bartolli. Perhan est donc devenu un introduit, ses activités se sont beaucoup diversifiés, et il y avait de nombreux tripots, hôtels, mais aussi les dealers, les macs, brefs on devait à présent beaucoup plus gérer. Moi je me suis borné à la sécurité des lieux clandés, Perhan lui s'occupait du paraître, il était un « homme d'affaires » on le voyait avec des politiques locales : maire, préfet, commissaire... bref tout était parfaitement en place, et comment!!! Le préfet lui même nous couvrait (faut dire que le milieu l'arroser assez pour qu'il puisse s'acheter une île à la fin de sa carrière). Oui mais voilà, comme à chaque fois avec ces putains de méditerranéens, ils en ont tellement fait qu'ils ont attirés l'oeil de Paris, et l'oeil de Paris ce n'est jamais bon... vraiment pas bon pour les « affaires ». Une Commission d'enquête à été monté contre le préfet et il n'a fallut que deux mois pour qu'il tombe. Durant toute la période du scandale, on à tous calmé le jeu; on a fermé les tripots, et on a gardé que les structure minimums (dealers de rues, hôtel de passe, et bookmaker dans les PMU). Mais on a arrêté les folies des grandeurs, surtout quand le nouveau préfet est arrivé, Paris nous envoyé un jeune requin carriériste, le genre à ne pas se laisser séduire par rien d'autre que la gratitude de la Nation, le genre à vouloir que la Région qu'il administre soit complètement clean, le genre qui allait nous créer des emmerdes. Forcément, celui qui allait être le plus ciblé ne pouvait être que Perhan, il était le denier entrant dans le milieu, le genre à ne pas avoir un nom qu'il est dérangeant de traîner dans la boue. Un mois ses appels étaient sur écoute, il était suivit par des RG du matin au soir, et il était saqué même pour un stationnement interdit. Ils lui ont mis la pression à fond, ils espéraient le faire craquer et à raison, Perhan était le genre à vite monter. Il est devenu rapidement parano, il se méfait de tout le monde même de moi. Si ça n'avait été que pour lui je n'aurais pas bougé, mais je savais qu'au rythme où allait les choses Perhan finirait par se planter, et si ce n'était pas les flics qui lui tombaient dessus, c'est que les pontes l'auraient flingués avant. Mais même si je n'avais jamais revu Azra (je me doute que Perhan n'y tenait pas, mais je pense qu'Azra elle même ne devait pas le souhaiter, elle devait culpabiliser de s'être laissée embobiner par Perhan, et de m'avoir abandonner à l'époque), je ne pouvais laisser Perhan tomber, tout ce que j'avais fonder pour Perhan, je l'avais indirectement fait pour Azra, pour qu'elle puisse vivre comme une reine, comme nous lui avions promis lorsque nous étions enfants Perhan et moi. Maintenant qu'on avait touché au but, je ne pouvait la laisser tomber. Perhan n'avait pas les reins pour assumer ce qui se passait, je devais donc assumais pour lui. Je suis allé voir un des flics qu'on avait dans la poche, je lui est filé toutes les pièces pour m'épingler pour le meurtre des frères Bartolli et j'ai pris sur moi tout le réseau qu'on avait, j'ai refilé certains de nos propres gars, quelques dealers, quelques books, quelques macs, aucun qui étaient susceptibles de pouvoir compromettre Perhan, ni même moi d'ailleurs j'ai du les entourlouper pour que leurs témoignages puissent jouer contre moi. Je savais que l'autre requin carriériste sauterait sur cet os que je lui jetais. Ça n'a pas manqué, Perhan en est resté con quand il a vu les flics débouler dans un café où on était attablé. J'ai été écroué, avec un dossier béton pour me faire tomber pour trente ans. J'ai reconnu tous les chefs d'accusations, les flics en étaient pantois de me voir tout approuver, le préfet lui même s'en frotter les mains. Puis comme je m'y attendais on a voulu me faire chanter : les noms d'autres pontes en échange d'un allégement de ma peine, j'ai catégoriquement refusé, ils ont fait pression, ils ont tout tenté pour me faire plier, mais j'ai rien lâcher naturellement. Finalement le préfet s'en foutait, il avait son nom dans les gros titres, il avait chopé le parrain de Marseille, ça arrangeait tout le monde et comme je fermais ma gueule, pas de danger que je démente. J'en ai pris pour trente ans à l'île de Ré. Je n'ai même pas eu une visite, ni même un mot de remerciement... et je m'attendais pas en avoir d'un autre coté, mais ça m'aurait quand même touché si je m'étais trompé. Dans la salle, Jacques trottine vers moi, je le regarde s'approcher avec sa démarche de bébé maladroit, je soupire d'avance, je me sens comme en cage soudainement. _Django, merde tu cherches quoi? Putain tu peux pas accorder deux minutes à ce gamin , deux minutes et il est heureux... c'est pourtant pas compliqué! C'est la première fois que j'entends Jacques me parler sur l'impératif, je n'aime pas ça du tout, je lui jette un regard noir et j'attends de le voir baissé les yeux. Ça ne prend même pas une minute, il finit par fixer le sol penaud, je fais signe au barman de remplir mon verre et je me l'enfile cul sec et lui fait signe de me le remplir aussi-sec. Je m'allume une cigarette et j'observe par dessus mon épaule Silvio, ce gosse me revient pas, il est trop nerveux, il sonne plus faux que Perhan, pire qu'Hakmed même. J'observe Jacques, il est nerveux, il se bouffe l'intérieur de la lèvre et continu de fixer le sol. _C'est qui ce type Jacques, il est pas net, qu'est ce qu'il fout ici? _Écoute Django, tu vas à sa table, tu prends un verre, tu discutes deux minutes, tu lui fais comprendre gentillement que tu veux pas d'associer ou autre et tu lui dis par contre que c'est un client de marque et qu'il a sa table ici et on en parle plus. _Je le sens pas je te dis, tu m'emmerdes Jacques, si j'apprends que c'est toi toi qui l'a ramené ici, je t'arracherais les couilles! Je ne laisse pas à Jacques le temps de répondre et je retourne vers la table de Silvio, en approchant je me rends compte que Silvio est le premier à se rendre compte de mon retour, ses gorilles n'ont même pas fait attention, je comprends tout de suite que les gardes du corps qui l'accompagnent sont des branquignolles, ils sont là pour attirer l'attention c'est tout, le vrai mec dangereux c'est Silvio et Silvio seulement. Je me sens vraiment comme dans une cage. Lorsque je suis arrivé à l'île de Ré et que j'ai vu la taille de ma cellule (individuelle, dans le quartier des criminels endurcis) et que j'ai pensé que j'allais y passer trente ans, j'ai réalisé d'un coup que je venais de perdre la dernière chose qui me restait : ma liberté. J'avais tout perdu déjà, mon humanité, mon pays, mes racines, mon identité et maintenant ma liberté je n'avais plus rien. Dans la prison j'étais déjà connu comme le loup blanc mon nom avait été cité au minimum trois fois dans tous les journaux (radio, télé, presse...), j'étais censé être Le Grand Caïd de Marseille, mais putain j'étais personne et certainement pas assez pour me payer une protection et pas mal de petits durs allaient vouloir se faire les dents sur moi pour montrer aux autres qu'ils étaient vraiment des dures. Je passais ma vie aux aguets, j'étais seul et complètement isolé, aux douches, au réfectoire, dans la coure durant la promenade, bref je me sentais une putain de proie traquée en pleine saison de chasse. La première fois ça a été un gamin, un petit dealer, un qui devait se sentir une proie potentielle et qui voulait se tailler sa réputation en crevant un ponte. Il l'a tenté comme un désespéré dans le réfectoire avec une petite cuillère qu'il avait cassait. Il s'est jeté sur moi en hurlant je l'ai vu arrivé de loin, j'ai eu aucun mal à le maîtriser, pour l'exemple sa cuillère je lui ai planté dans le genou, un autre en à profiter du chaut et m'a poissonné dans le dos, mais il m'a raté, pas moi, je lui ai sauté au cou et j'ai utilisé la seule arme tranchante que j'avais sur moi : mes dents. J'ai réussi à lui ouvrir la jugulaire, les matons sont arrivés et nous séparé. J'ai été envoyé à l'infirmerie on m'a recousu et j'ai été envoyé en cellule d'isolement. La cellule d'isolement : y avait pas beaucoup d'espace, pas beaucoup de lumière, pas de chiottes, pas beaucoup d'eau, pas beaucoup à bouffer, et strictement rien à faire, on pouvait même pas s'y tenir debout. Mais au moins j'y étais en sécurité, mais enfin je pouvais passer trente ans dans cette cellule non plus... à un moment faudrait bien que je trouve un moyen de pouvoir survivre dehors. J'ai eu beau me torturer le cerveau, j'ai rien eu comme idée pour me sortir de ce mauvais pas, m'enfuir était tout à fait impossible, je n'avais pas un contact. Il fallait être lucide, j'allais perdre dans les prochains mois la seule chose qu'il me restait : ma vie. Je suis resté deux semaines dans la cellule d'isolement, quand ils m'ont laissés sortir j'étais complètement lessivé, c'est à peine si j'ai pu prendre ma douche seul, puis ils m'ont ramené au réfectoire. Quand je suis rentré, la lumière me paraissait encore trop vive, j'étais aveuglé par les néons. Je sentais que mes jambes ne me soutenaient presque plus, je suis allé m'écrouler à une table avec mon plateau et je me suis mis a bouffer aussi vite que je pouvais, il me fallait reprendre des forces vite, très vite. Au moment même ou je bâfrais comme une bête sauvage je savais que des types devaient déjà être en train de calculer leur coup pour me planter. Quand j'eus fini de manger, j'étais presque surpris d'être encore vivant, j'ai redressé la tête j'ai regardé dans tous les sens personne ne regardait dans ma direction, personne ne faisait attention à moi, puis je me suis rendu compte que personne n'était assit à ma table à part un autre type. Au premier coup d'oeil on pouvait comprendre que c'était pas n'importe qui, c'était un dure, un type bien plus dangereux que moi, il mangeait tranquillement. _Ça va mon pote? M'a-t-il lâché dans un parfait yougoslave. _Heu... ouais... _T'inquiète personne lèvera le petit doigts contre toi à présent, y avait un contrat sur ta tête mais je l'ai annulé. Le type se tenait tranquillement droit et profitait de son repas comme si il eut s'agit d'un repas d'un grand restaurant, il avait un oeil mort mais il dégageait un truc puissant, un truc comme Racine à l'époque. _Un contrat sur ma tête? _Tes anciens amis de Marseille, ils ont peur que trente ans tu trouves ça long et que tu changes d'avis en ce qui concerne une éventuelle remise peine. Mais même eux peuvent pas grand chose ici, si j'en décide autrement... Il souriait en disant cela, sans doute amusait de voir ma gueule déconfite, ça devait l'amuser de voir celui qu'on appelait le Parrain de Marseille s'étonner que d'autres malfrats puissent vouloir se mort alors qu'il s'était vendu pour eux. Dans le fond, malgré ce que je pensais, je devais encore avoir un fond d'intégrité. _Pourquoi tu m'aides et t'es qui? _Boris Vladenko, tu peux aussi m'appeler le Belge. Boris Vladenko ça me disait rien, le Belge en revanche ça je connaissais, tout le monde connaissais bordel, le Belge était l'un des plus gros bonnet de milieu Parisien, y avait pas une région d'Europe où ce type n'avait pas une affaire et des hommes sur place, ben que personne pouvait jamais vous dire dans quoi il trempait eaxctement. Je suis resté à le regarder avec de grands yeux ronds, pas mal de questions me venaient en tête, mais la seule que j'ai pu formuler c'est : « Pourquoi on te surnomme le Belge? ». Il éclaté de rire et moi je me suis senti aussi con que la première fois que j'ai voulu embrasser une fille... Le Belge avait entendu mon histoire, comme tout le monde mais lui avait aussi les infos sur les dessous de table, il savait que j'étais volontairement tombé pour protéger Perhan et les autres pontes de Marseille (même si il ne se doutait pas que j'avais fait ça pour Azra en fin de compte). Puis il m'avait vu me débattre au réfectoire et ça l'avait amusé, en gros il me prenait sous son aile par caprice rien de plus et c'était un luxe qu'un type comme lui pouvait se permettre. Le lendemain je devenais son « porte-flingue » en quelque sorte, bien qu'un type comme lui n'en ai pas réellement besoin et j'étais transférer dans sa cellule (en zone seconde, bien moins oppressante que la zone première où j'étais avec tous les psychopathes de France). Le Belge était un type qui s'était fait tout seul, avec de l'intelligence, du flair et des couilles, il avait suivit un chemin bien sanglant. Il avait commencé en Yougoslavie, durant la guerre civile, par du trafic d'armes puis s'était enfui en France avec un gros paquet de fric en poche. Il devait son surnom au premier type du milieu qu'il avait refroidit à Paris : un type d'origine belge, un des plus gros refourgueur de came de la capitale, il avait pris son business et s'était construit son propre empire en défiant tous ceux qui auraient voulu s'y opposer et avec les années, les prétendants se sont fait de plus en plus rares. Le Belge ne m'avait pas aidé seulement par bonté tout de même, il avait vu en moi un type digne de confiance, capable de se défendre et qui avait du répondant, il avait juste vu un soldat en plus dans son armée, mais c'était pas dans la prison qu'il avait besoin de moi mais à l'extérieur. J'ai vite compris que si le Belge était en taule c'était parce qu'il le voulait, et qu'il pouvait en sortir quand il voulait, et faire sortir qui il voulait tout aussi facilement. Il a foutu un de ses avocats sur mon dossier, c'est là que j'ai rencontré pour la première fois Jacques, dés la première fois que j'ai croisé ce petit gros il m'a tout de suite déplu. Je me souvient très bien, il est venu me voir en taule, on était dans une petite pièce pour nos entretiens. Il était assit en face de moi à survoler mon dossier en marmonnant entre ses dents, son large sourire d'enfant grassouillet sur le visage, je le regardais un peu écoeuré mais plein d'espoir, il avait devant lui un verre d'eau, j'ai remarqué qu'une grosse mouche était tombée dedans. Il lisait mon dossier depuis un bon moment et je commençais à trouver le temps long, j'aurais bien pris le verre d'eau mais cette grosse mouche grâce m'en écoeurais un peu. A un moment il a relevé la tête à encore plus élargit son sourire, ce qui le faisait ressembler un bouledogue. « parfait, parfait » a-t-il lâché avec entrain, et en même temps il a saisi le verre d'eau. J'étais amusé à l'idée de le voir boire ce verre d'eau avec cette énorme mouche dedans. Mais lui tout en continuant de parler a plongé son petit doigt dans le verre et en a retiré, avec une dextérité que je ne lui aurait pas cru, le grosse mouche s'est essuyé tranquillement le doigt contre sa cravate et a bu son verre d'eau. Il était répugnant, laid, gros en un mot il était efficace! Il ne lui a pas fallut deux ans pour m'obtenir la conditionnel. Avant que je parte le Belge m'a proposé de prendre en gérance une de ses affaires, l'affaire était simple je me tenais peinard, je faisais tourner l'affaire avec Jacques en appui, le Belge s'occuper de ce qui devait se faire en dessous de table, le temps que ma conditionnelle passe. Et c'était parfait, je n'aspirais absolument pas à me remettre dans les « affaires ». Me retrouver à diriger un club de nuit était tout ce que je pouvais espère de mieux, un petit chez moi peinard. J'ai remercié le Belge, signé les papiers avec Jacques et un mois plus tard j'étais dehors. Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi le Belge avait cela pour moi, bien sûr pour lui ce n'était pas grand chose, mais je n'ai jamais connu un homme au monde qui soit prêt a faire quoi que ce soit pour quelqu'un d'autre gratuitement et je ne pense pas qu'un type comme le Belge soit homme à vouloir aider son prochain par charité. Un jour sans doute j'aurais à lui rembourser ma dette et comme lui l'a fait pour moi, il ne me sera pas permis de regarder à la dépense pour ce remboursement. Le club en main j'étais devenu un monsieur, Mr Ladislav, j'avais rencontré Justine l'une des danseuses du Club, bref tout allait au mieux, l'affaire tournée, il s'y passait des choses louches, mais je n'y étais jamais mêlé, je gagnais confortablement ma vie et c'était parfait comme ça. Et là ce soir que je me retrouve face à ce gamin : Silvio, je sens tout au fond de moi que les choses peuvent de nouveau déraper, que tout peu basculer en une fraction de seconde. Je repends ma place à coté de Silvio qui s'empresse de me servir une coupe de champagne, je le remercies d'un signe de tête et je trinque avec lui. _Désolé pour tout à l'heure, j'ai eu quelques petits soucis, tu es du Panier c'est ça. Silvio semble encore un peu plus nerveux, même si son sourire me semble honnête, il est trop tendu, son corps est une bombe prête à exploser à tout moment, personne hormis moi semble s'en apercevoir, je joues la carte de feindre de ne pas m'en rendre compte non plus. _Ce n'est pas grave Mr Ladislav. Oui je suis du Panier, j'ai grandi là-bas... _Ah bon? Tes parents s'appellaient comment, je les connais peut être? Sur le moment je regrette vraiment de pas avoir une arme sur moi, je pensais qu'avec ma nouvelle vie et la protection du Belge je n'en aurais jamais plus besoin, du moins tant que durerait ma conditionnelle, mais là tout d'un coup je regrette réellement mon optimisme. _Oui vous les connaissiez Mr Ladislav, vous les connaissiez bien même. Silvio est trop tendu, je vois sa main se diriger vers l'intérieur de sa veste aussitôt qu'il amorce le geste « tu te souviens d'Antonio Bartolli fils de pute? » se met à beugler Silvio, mais je lui envois déjà ma coupe dans la gueule, ça le surprend assez pour arrêter son geste, je me saisis de son arme avant lui et je fais feu au hasard en me projetant le plus loin possible de la table, ses gorilles n'ont même pas le temps de réagir. Silvio lui à déjà bondit par dessus son fauteuil, dans le club c'est un chaos total toute la clientèle se met à courir dans tous les sens en hurlant, j'abats rapidement les deux gorilles, et je me mets à traquer Silvio. Je le retrouve à la sortie, je ne lui donne aucune sommation, mécaniquement mon bras s'ajuste et je fais feu à trois reprises, Silvio s'écroule sur le sol sans même pousser un cri. Je courts vers la sortie, je croise Justine, qui me regarde terrifiée, ça y est elle sait enfin qui je suis et elle ne semble pas du tout aimer, elle part dans la direction opposée, moi je continues droit vers la sortie. Je prends ma voiture et je roule un moment puis je l'abandonne dans une ruelle et je prends le métro pour la Gare du Nord, je ne repasse même pas par chez moi, les flics doivent déjà y être. Dans la gare les flics ne semblent pas faire attention à moi, ils n'ont pas encore du recevoir d'ordres à mon sujet... je dois disposer de trois heures au mieux avant que ça change, je prends un billet pour l'Allemagne, de là bas j'espère pouvoir regagner la Pologne, puis la Yougoslavie... Je me retrouve une fois encore au point zéro et dans une merde noire et je n'ai aucune idée de comment va réagir le Belge quand il va apprendre cette affaire, une chose est sûr je suis seul à partir de maintenant et autant dire que j'avance sur le chemin des ombres, parce que la fin de mon voyage me paraît foutrement clair! |
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